VOYAGES

Lundi 2 mars 2009 1 02 /03 /Mars /2009 23:25

 

                                     MORRISBURG- NEW YORK



Le 27 septembre au matin nous avons repris la navigation sur le fleuve et après avoir traversé l'écluse Iroquois puis passé sous le pont historique des Mille Iles (construit en 1940) nous nous sommes arrêtés à BROCKVILLE. Peu de temps après l'accostage, nous avons pu voir passer un superbe trois mâts, à la coque jaune et noir. Il s'agissait d'une superbe frégate, véritable symbole d'anciens navires de guerre, qui, sans voiles, descendait le St Laurent au moteur. Son nom : le "Rose"*. Ce bâtiment glissait lentement sur le fleuve par un temps gris et pluvieux. Nous l'avons contemplé de sa figure de proue, un dragon, jusqu'à la poupe qui se caractérisait d'une structure en demi-lune et bordée de châssis à petites fenêtres. Dans sa coque aux flancs bombés, des ouvertures ont été aménagées pour les canons que l'on pouvait distinguer également sur le pont supérieur.

 

Cette région est partagée par l'Etat de New York (USA) et l'Ontario (Canada). Ce lieu fut un important point stratégique pour les tribus indiennes, les anglais et les français puis les britanniques et les américains lors de la guerre de 1812-14.Cela s'explique par le côté frontalier mais également par la voie maritime. Parmi les légendes indiennes, loin dans le passé, bien avant que les Européens ne découvrent le Saint-Laurent, les pétales de fleurs célestes se mirent à tomber sur le sol et sur le fleuve majestueux. Ils créèrent les Mille îles, que les Autochtones appelèrent "Manitouana, le "Jardin du Grand Esprit. Les Mille Iles c'est le lieu de naissance du "Saint-Laurent" à partir du lac Ontario mais c'est également pour une partie d'entre elles, le plus petit des parc nationaux du Canada, celui des Iles-du-Saint-Laurent. Les îles sont couvertes de forêts qui peuvent être de conifères typiques du nord ou de feuillus caractéristiques du sud. Ceci est du au microclimat qui fournit un temps chaud et sec sur les versants du sud-ouest et un temps frais et humide sur les versants du nord-est, ombragés et protégés.

Nous étions dans la région des Mille Iles. Les emblèmes du parc des Mille Iles sont les pins des corbeaux

L'élaphe noire, un serpent qui n'est pas venimeux, représente l'habitant le plus précieux du parc: il est le plus grand du Canada et peut mesurer jusqu'à 2,40 mètres de long.

*J'ai appris en me documentant que le H.M.S. Rose* était une frégate de 32 canons qui avait pris part à la bataille de l'Hudson pendant la guerre d'indépendance des Etats Unis en 1776.

(3 ans1/2 plus tard, en juillet 1995 nous avons revu le H.M.S. Rose à Saint-Pierre au cours d'une tournée de grands voiliers dans les provinces atlantiques. )

                            

Le lendemain nous avons fait du slalom entre les îles pour atteindre Alexandria Bay, le côté américain des Mille Iles. Et puisque nous entrions aux États Unis nous avons dû accomplir les formalités douanière au poste des douanes qui se trouvait sur l'Ile Heart. Nous avons ainsi découvert que le bureau se trouvait dans un monument historique; un petit Château qui se situait à la pointe nord de l'île. Lorsque nous avons quitté le quai des douanes, nous avons longé l'île pour rejoindre la marina "Bonnie Castle Resort" et nous avons pu remarquer qu'il existait, au centre de l'île, un plus grand et superbe Château . En fait le poste des douanes occupait l'accès à l'île qui était fortifiée par un fortin de pierres avec trois tours et un donjon au coin nord-ouest. Ce château, à la façon des contes de fées, semblait surgir des eaux du fleuve avec ses multiples tourelles coiffées de tuiles rouges. Nous avons appris à la marina, que l'île de coeur (Heart Island) faisait référence à une histoire d'amour vécue. Celle de Mr. Boldt, un millionnaire, propriétaire de "Waldorf Astoria" à New York, qui a construit ce monument pour sa femme bien aimée. Les travaux étaient en voie d'achèvement ( 11 constructions dont un Château de 120 chambres) lorsqu'en 1904 celle-ci meurt. Mr. Boldt ne retournera jamais plus sur l'île. Aujourd'hui, l'île et ses châteaux, qui sont ornés d'une centaine de coeurs gravés dans la pierre, représentent le tribut d'une tragique histoire d'amour.
Le 29 septembre nous nous rendons à Clayton à la marina municipale.


Là j'ai pu me procurer la carte marine du lac Ontario et le lendemain nous avons traversé le lac jusqu'à Oswego et nous nous sommes installés à la marina. Au cours de la navigation sur le lac, à proximité de GALLOO Island, mes instruments (GPS et radar) se sont décalés et m'ont fourni des informations bizarres. Comme j'avais un temps clair et une mer peu agitée j'ai laissé faire et tout est revenu dans l'ordre au bout d'environ une minute. J'en ai déduit qu'il devait s'agir d'un phénomène magnétique mais je n'en ai jamais eu l'explication. En tout cas cela n'avait pas compromis notre traversée. OSWEGO, nous y sommes restés 3 jours et nous avons trouvé l'occasion de visiter, la petite ville et le fort Ontario. Nous avons vécu aussi un moment inoubliable grâce à la pêche au saumon. En effet il s'agit de la plus grande manifestation de l'année au début du mois d'octobre. Des centaines de pêcheurs viennent de toutes les régions américaines et canadiennes pêcher ces salmonidés : le Chinook et le saumon Coho qui ont une vie courte mais peuvent, entre 3 et 5 ans, atteindre une longueur de 70 à 80 cm et peser entre 10 et 15 kgs parfois même 20 kgs. Venant du lac, ils montent en bancs la rivière Oswégo. La pêche ne dure qu'un week end mais quelle animation ! Les pêcheurs sont tassés le long des berges de la rivière, sur environ 500 mètres. Une partie de la berge, celle située côté route, est aménagée en une allée de béton d'environ 200 mètres de long et de 3m de large, renforcée d'un garde-corps sur toute sa longueur. D'autres pêcheurs, équipés d'une salopette étanche sont rassemblés au pied d'une chute et pêche la moitié du corps dans l'eau. Nous avons fait les observateurs l'après-midi du samedi car je me voyais mal pêcher dans ces conditions c'est-à-dire les uns sur les autres. Pourtant il y en avait du saumon; il sautait partout dans cette petite portion de rivière large d'une quinzaine de mètres. Il était tellement traqué à la cuillère qu'il faisait des bonds extraordinaires hors de l'eau. C'était un spectacle hallucinant autant par l'agitation sur l'eau que par l'engouement aux bords des rives. Nous avons même remarqué une altercation entre deux pêcheurs; celle-ci fut rapidement contrôlée par un surveillant des lieux. En fait la pêche au saumon qui demande une certaine dextérité à cause de la nervosité du poisson mais aussi de sa taille, oblige parfois le pêcheur à se déplacer tout en lâchant un peu de ligne pour éviter qu'elle casse. Et c'est cette situation qui a produit la bagarre puisqu'un des pêcheurs au bord de la berge n'a pas voulu bouger, forçant celui qui tentait de maîtriser sa prise, à le bousculer. Alors qu'il était arrivé à passer, le saumon qui sautait nerveusement hors de l'eau a fini par briser la ligne occasionnant la révolte du pêcheur. Malgré ce léger incident, tout le monde semblait prendre bien du plaisir à pêcher. Nous avons pu photographier de beaux spécimens de ce saumon appelé également, lorsqu'il est adulte, "le King".

 

  Plus tard nous avons abordé l'histoire en allant visiter le "Fort Ontario". Nous avons découvert qu'il avait été pris en 1757 par le Général Montcalm, commandant les troupes de Nouvelle France suite au conflit avec les anglais. Le général marquis de Montcalm de Saint-Véran périt à Québec au cours des combats des plaines d'Abraham le 13 septembre 1759. Ce fort est classé monument historique et a été constitué en musée, offrant aux touristes qui le visitent à l'intérieur, la possibilité de retrouver l'agencement des lieux et les conditions de vie des soldats de l'époque dans cette caserne fortifiée. Durant ce séjour à Oswégo nous avons eu deux jours de mauvais temps avec vent et pluie et pour couronner le tout, un après-midi, un nuage de petites mouches noires (des éphémères) a envahi le bateau. Nous avons fermé la porte à temps pour qu'elles ne pénètrent pas à l'intérieur. Quelques minutes plus tard le pont du Wickie était noir d'insectes morts. Il a fallu arroser le bateau pour le nettoyer. A bord, nous nous sentions bien malgré qu'il manquait un vrai chauffage surtout lors des soirées  fraîches. Nous utilisions celui à alcool, acheté à Québec mais il n'était pas assez puissant et créait une énorme condensation. Installer un chauffage plus performant nous aurait coûté trop cher. Nous espérions tout simplement connaître un automne clément. Le 4 octobre par un temps nuageux et des vents de Sud-ouest de 20 nds nous avons quitté la marina "Wright's landing Park" pour entamer la voie des canaux de l'Etat de New York en passant par la première écluse (écluse n°8) à partir d'Oswégo. Contrairement aux autres écluses qui opèrent avec des pompes électriques, celle-ci fonctionne par gravité. C'est la première écluse de ce genre construite aux États Unis et la plus grande dans le monde. Nous rentrions donc sur le canal Oswego qui couvre une distance de 28 miles et qui nous fera prendre de l'altitude sachant que le lac Ontario est déjà à 245 pieds du niveau de la mer.

 

Le temps s'étant transformé en violentes averses de pluie dans l'après-midi, nous avons décidé de nous arrêter à Phoenix, après le passage de l'écluse n°1. Nous avions parcouru 23,8 miles et franchi 7 écluses. Après tant d'entraînement, l'éclusage devenait une opération banale. Anne-Marie avait acquis la technique et nos manœuvres s'effectuaient alors allégrement. Nous nous sommes amarrés à un petit quai municipal gratuit où se trouve un vieux phare devenu le musée maritime de Phoenix. Nous l'avons visité et le couple sexagénaire qui nous accueillait nous a offert un bon café. Nous avons signé le livre des visiteurs. Le lendemain 9 heures nous avons quitté Phoenix et après le passage de l'écluse n°23 nous avons traversé le lac Oneida sur sa longueur (environ 10 miles) pour atteindre Sylvan Beach sous des averses de pluie et grêle mêlées. Le vent qui s'était intensifié soulevait de belles lames dans le lac. Nous avons passé la nuit amarré à un quai public.

La navigation sur le canal a été agréable, relaxante malgré les passages d'écluses et de ponts (12). Nous nous y sentions "rois" puisqu'à ce moment de l'année il n'y avait pas de trafic. Il nous semblait, d'ailleurs, que le canal nous appartenait.

 

Naviguant à petite vitesse (elle est limitée à 10 nds), nous avons pris le temps d'observer les fabuleux paysages multicolores qui s'offraient à nos yeux. Par moments, à tribord, mêlée à une nature moins généreuse, se présentait l'autoroute d'où provenait le ronronnement des voitures et des camions. Mais à bâbord et presque tout le long de notre route, la forêt, plantée sur des collines défilant comme une houle, nous inondait de couleurs magnifiques. Le jaune, le rouge rouille, le rouge orangé et le pourpre, entourés de verdoyants conifères, jaillissaient à partir de l'eau grisâtre du canal pour rejoindre l'azur du ciel à l'horizon. Nous nous demandions quels pouvaient être ces arbres qui formaient ce patchwork. En cherchant dans notre documentation, nous avons découvert qu'il pouvait s'agir d'un mélange de chênes des marais, d'érables américains, de sumacs de Virginie, de frênes blancs d'amérique, de saules, de peupliers américains, de sorbiers le tout mêlé aux pins, sapins, genévriers, thuyas etc. Quelle belle végétation! C'était éblouissant.

 

 




















Nous n'avions pas à subir les cont raintes de balisage. Nous étions dans le lit de la vallée. Cela ne pouvait être que reposant...
En guise de faune, canards et oies sauvages se partageaient la zone avec quelques mouettes. Sur l'eau, un bel ondatra nous a obligés à ralentir alors qu'il traversait le canal. Nous étions maintenant à l'entrée du canal Erié.


Ce canal qui a été à l'origine de la construction des canaux de l'état de New York. Ces canaux ont d'abord été le rêve du gouverneur Dewitt Clinton qui disait ceci " les canaux seront un lien d'union entre l'atlantique et les états de l'ouest. Cela doit être un organe de communication, entre la Hudson, le Mississipi, le St-Laurent et les grands Lacs du nord et de l'ouest ainsi que leurs fleuves tributaires, qui créera le plus grand commerce intérieur jamais connu". Ce rêve de Clinton concernant le canal Erié paraissait être, aux yeux de la population, de l'imaginaire.

Ainsi ce canal qui semblait trop petit mais qui fut le grand canal des ancêtres - ce canal qui pendant plusieurs années fut le modèle de construction à l'échelle mondiale - ce canal qui offrit un développement non seulement pour l'état de New York mais pour le pays tout entier durant la première moitié du 19ème siècle - ce canal enfin était devenu la fierté des américains puisqu'il a conduit également à la construction d'autres canaux. Le rêve de Dewitt Clinton était alors devenu réalité. Georges Washington, arpenteur et ingénieur avant de devenir un soldat et un homme d'état a été reconnu par tous les écrivains de l'époque comme le père des canaux américains puisque c'est lui qui a instruit le projet avant la révolution. A la fin de la guerre mais quelques temps avant la paix, il a lancé les travaux d'études à partir de son quartier général à Newburgh. Ainsi les améliorations des premières voies navigables à New York furent entreprises par une compagnie privée affrétée en 1791. Le projet d'extension mit de nombreuses années avant de devenir crédible, en raison de l'ampleur des travaux et des coûts. Très longtemps ce projet se traitait à la dérision comme " la folie de Clinton" en anglais "Clinton's Folly". Cependant en 1817, la poursuite des travaux sur les canaux devenait réalité. Après huit ans d'un gigantesque travail humain et d'ingéniosités techniques, le 26 octobre 1825, la voie navigable appelé "canal Erié" s'ouvrait. Elle avait une profondeur de 1,20m et 12 m de large. Pour débuter les barges ne devaient transporter que 30 tonnes de fret. La première flotte à naviguer sur le canal était conduite par le bateau amiral le "Seneca Chief" transportant le Gouverneur Clinton, le Lieutenant-gouverneur et une compagnie de personnalités. Ce 26 octobre le convoi est parti de Buffalo pour rejoindre Albany et descendre la Hudson jusqu'à New York. Sur le canal c'était la fête et le grand salut s'est effectué à coups de canons tirés des batteries installées tout le long du canal et sur la Hudson sur une distance de 500 miles; ceci pour annoncer la réalisation de la plus prodigieuse entreprise de ce temps. Le "Seneca Chief" transportait 2 fûts remplis d'eau du lac Erié que le gouverneur Clinton vida dans l'océan à New York au cours d'une cérémonie officielle qui célébrait le "mariage des eaux" entre les grands lacs et l'océan atlantique. Quelques renseignements intéressants sur cette réalisation : le canal d'origine a commencé en 1817 et fut terminé en 1825 - agrandissement de la profondeur à 2,10m en 1862 - abolition de péage en 1882 - le premier service de "Barge canal" a commencé en 1905. Le "Barge canal" a été ouvert au trafic le 15 mai 1918. - Le "Barge canal" consiste en 1°- Erié ( à travers l'état de Troy sur le fleuve Hudson jusqu'à Tonawanda, sur la rivière Niagara) -2°- Champlain (nord de Troy jusqu'au lac Champlain) -3°- Oswego (Trois-Rivières Point, près de Syracuse jusqu'au lac Ontario)-4°- Cayuga and Seneca ( branches reliant les lacs Cayuga et Seneca avec Erié).


A partir de maintenant, sur le canal Erié, alors que jusque là nous descendions vers le sud, nous nous orienterons plus vers l'est pour rejoindre le fleuve Hudson et le canal sera matérialisé par un balisage. La documentation que nous possédions sur les canaux nous donnait de nombreuses et intéressantes informations concernant le règlement. On y retrouvait également les procédures d'éclusages et des instructions visant la protection de l'environnement. En outre étaient mentionnés les différents points d'intérêt touristique associés aux lieux d'arrêts qui pouvaient être aussi bien des quais publics que des marinas. D'ailleurs ici à Sylvan Beach, nous étions à un quai public situé tout près d'une plage, d'un parc d'attraction pour enfants avec toutes les commodités touristiques (hôtels, restaurants). L'endroit doit être bien agréable en été. Étant en morte saison les lieux semblaient actuellement en hibernation. Comme d'habitude nous avions pris le temps de nous promener un peu et de faire quelques provisions. J'ai tenté de jeter la ligne à l'eau pour pêcher mais les poissons n'étaient pas au rendez-vous. Le poisson qui peuple en abondance le lac est le "Walleye", un poisson importé m'a-t-on dit et qui s'était fort bien adapté. Le lendemain 6 octobre nous avons quitté Sylvan Beach par un temps un peu frais mais bien ensoleillé. La température a atteint 18° dans la journée. Nous avons abordé le canal Erié dans toute sa splendeur puisque le beau temps enjolivait le couloir que nous empruntions, bordé d'arbres multicolores. Nous avons passé les écluses n° 22 et 21 et nous nous sommes arrêtés au quai municipal de Rome après un trajet de 17 miles.Nous avions atteint la plus haute altitude des canaux c'est-à-dire 420,4 pieds. Sur le quai, nous avons rencontré un vieil homme qui flânait, le cigare à la bouche. Il nous a indiqué le chemin pour nous rendre en ville où nous voulions faire des provisions.

 

 

Au retour nous avons été invités par un couple ontarien à bord de leur bateau. Nous avons échangé des informations sur les escales effectuées lors de nos voyages respectifs. A l'aide de cartes, Don, le propriétaire du bateau nous a indiqués des lieux de mouillage sur la Hudson et dans le port de New York. Lorsque nous avons quitté ces sympathiques voisins nous avons décidé d'appeler Saint-Pierre; et là nous avons créé la surprise en annonçant le nom du lieu où nous nous trouvions. A un tel point que les gendres firent de l'humour avec Rome; le premier, le Saint-pierrais nous a dit qu'il ne savait pas que nous avions traversé l'atlantique en si peu de temps, l'autre, le Miquelonnais nous a répondu : " Ah bon! Et moi je suis le pape !...Cela a fait l'objet d'éclats de rires au téléphone. Mais effectivement comme eux, nous ne savions pas que la ville de Rome existait aux États Unis. Et nous avons trouvé plus loin les villes d'Amsterdam, de Hoffmann, d'Albany (la capitale de l'Etat de New York), de Troyes etc. Ces noms européens qui viennent des fortes immigrations des XVIIème et XVIIIème siècles : dans un premier temps les colons furent anglais, écossais, irlandais poussés par des motifs religieux (certains, puritains, mécontents de la politique des Stuarts les autres catholiques et anglicans persécutés par Cromwell, quakers...) et dans un deuxième temps ils furent allemands, hollandais et scandinaves. Ces mouvements ont été si importants qu'au moment de la guerre d'indépendance il n'y avait plus que 20% d'anglais. Le lendemain, en début de matinée, nous sommes allés visiter le Fort Stanwix, un fort construit tout en bois. D'énormes troncs d'arbres écorcés, assemblés hermétiquement et fixés à la verticale autour du fort, constituaient la fortification. Entre tous ces troncs, d'autres d'un plus faible diamètre se dressaient à l'horizontal sur deux rangées, leurs extrémités taillées comme un crayon de papier; c'était la première garde contre les assaillants. Encore une fois nous avons découvert un de ces monuments de guerre qui, quant à lui, ressemblait beaucoup à tous ceux que nous voyions dans les films "Westerns".

 





Vers midi nous avons quitté le quai pour entamer la descente jusque la rivière Hudson. Pendant six heures nous nous sommes laissés glisser sur le canal, toujours devant des paysages merveilleux et sous une température estivale (25° en milieu d'après-midi). Le Wickie qui n'était bousculé, ni par les vagues, ni par la vitesse, a passé, à l'aise, sous 19 ponts d'une hauteur d'environ 6 mètres. Little Falls, quel beau village ! Encaissé dans un vallon flamboyant, il est au cœur de la vallée Mohawk. Devant ce spectacle de feuilles d'automne, deux usines à papier abandonnées, tachent le paysage. Par contre les maisons d'habitations paraissaient bien entretenues. Au quai, nous avons trouvé de la compagnie : deux castors qui avaient élu domicile dans le canal et qui assouvissaient leur curiosité en venant rôder près du bateau. Plus loin cinq cygnes, posés sur l'eau près d'un petit quai de la rive opposée, se becquetaient et paraissaient être en pleine discussion. A la tombée de la nuit, ce fut le tour des chauve-souris qui, à la poursuite d'insectes, ont survolé le zodiac fixé à l'arrière du bateau. Leurs écholocations qui ont un peu effrayé Anne-Marie, nous ont permis de les repérer mais leur passage fut assez furtif. A notre arrivée nous avions fait notre petit tour de ville pour visiter ce bourg d'environ 500 habitants. Le rail de chemin de fer passait en bordure du canal, sur la rive opposée et c'était avec de stridents coups de sifflet que le train annonçait son passage. S'agissant de trains de marchandises, ils portaient de nombreux conteneurs dont certains avaient les marques d'une compagnie que nous avions remarquée à Saint-Pierre sur le quai du porte-conteneurs. Notre pensée s'envolait tout de suite chez nous et on enchaînait par la conversation et la musique. Dans ces cas là nous mettions le CD de "Belle Rivière"* ou la cassette de Trionyx avec Gano**. Le lendemain, vendredi 8 octobre à 9 heures, nous quittions le petit coin de paradis pour la poursuite de la "conquête de l'Est". Nous avons passé 9 écluses (les n° 17-16-15-14-13-12-11-10-11) et 12 ponts. Pour la première fois depuis que nous étions sur les canaux nous avons partagé l'éclusage au n° 13 avec 3 autres bateaux dont un superbe yacht qui remontait vers le lac Erié.

 

 




Sur conseil du couple que nous avions rencontré à Rome nous nous sommes rendus à l'écluse 10 pour nous ravitailler en fuel. Mais c'était une erreur. Il fallait remonter à l'écluse 11. Le sympathique éclusier de service n'a pas hésité à refaire un éclusage pour nous permettre de rejoindre le poste de ravitaillement en fuel. Il m'a également fait visiter le centre d'opération pendant l'éclusage. Ici les installations sont entièrement électriques (ouverture des portes et station de pompage) alors que d'autres, comme celles d'Oswego, fonctionnent par gravité pour le sassement. Nous avons regagné le lieu recherché et nous nous sommes installés à un quai municipal gratuit. Nous nous trouvions à une trentaine de minutes du centre ville d'Amsterdam. La partie du canal où nous étions avait été redéfinie en 1841 par rapport à la rivière Mohawk. Amsterdam qui se partage autant sur cette rivière que sur le canal Erié possède le plus important musée traitant de l'histoire de ce canal. Nous avons visité un peu mais nous avons surtout profité de faire la grande toilette du bateau. Anne-Marie s'est chargée de l'intérieur et moi de l'extérieur (lavage, peinture).

 

Cela nous a pris une bonne partie du week-end mais nous étions fiers de notre travail. Le samedi soir nous sommes allés à la messe à l'église repérée la veille, l'église Ste-Mary. Catholiques pratiquants, chaque fin de semaine nous recherchions une église là où nous nous arrêtions. Cependant on ne la trouvait que rarement . Par contre les églises des autres confessions (baptistes, anglicanes, luthériennes etc.) étaient plus présentes.

Le lundi matin il faisait froid -3°. Notre zodiac rouge avait blanchi étant recouvert d'une mince pellicule de glace. Cela m'a fait frémir un peu plus car la température à l'intérieur du bateau était déjà très basse. Mais heureusement le temps s'est réchauffé dans la journée. Nous avons lâché les amarres à 11 heures. Il restait encore 15 ponts et 11 écluses à passer avant d'atteindre le fleuve Hudson à savoir les écluse n° 10-9-8-7- portes 1 et 2. - écluses n° 6-5-4-3 et 2. Nous l'avons fait dans la journée. A 18H05 nous rentrions dans l'écluse fédérale de TROYES, la dernière du circuit. A 18H30 nous étions heureux d'atteindre la marina car la fatigue se faisait sentir. C'est à ce stade que nous devenions vulnérables et un rien nous rendait agressif. Le passage qui avait été le plus éprouvant dans cette journée se situait après les portes « 1 et 2 » appelées "Guard gates"ou « the flight ». Les cinq écluses qui suivaient, à faible distance les unes des autres, devaient être franchies d'une seule traite. Ce passage s'appelle "The Flight of Five" (Le vol des cinq) et constitue la plus grande série d'éclusage sans arrêt avec une élévation totale de 169 pieds soit 56m .

 

 

A la marina de Troyes nous étions bien installés au quai n° 13. Nous avons profité, après le repas, d'utiliser la buanderie pour laver du linge. Pendant ce temps et alors que les machines brassaient le linge, nous avons appelé les enfants et Jean-Jacques. Ensuite je suis allé au service commercial où j'ai pu me procurer la carte détaillée du port de New York ainsi que les informations concernant les zones de mouillage du fleuve. Le lendemain à 13H15 nous nous sommes remis en route. Nous avons passé Albany et poursuivi notre chemin jusqu'à la zone de mouillage de Stuyvesant délimitée par un balisage spécifique (petites bouées jaunes). Nous y avons jeté l'ancre. Le temps était pluvieux et la température oscillait entre 7° et 12°. La nuit, excluant les deux bruyants passages de trains de marchandises, a été bonne. Bien reposés, c'est à 7H30 que nous avons levé l'ancre. La circulation a été un peu plus dense sur le fleuve (cargos et pousseurs de barges) et le vent assez fort. Le balisage présentait un caractère assez particulier avec les quelques pittoresques phares construits sur des îlots.









   

 

Le temps nuageux nous avait tout de même agrémenté de quelques passages ensoleillés. En cours de journée nous avons fait un arrêt à Newburgh pour prendre du fuel et vers 16 heures30 nous voulions jeter l'ancre. Nous nous trouvions à Bannerman's Island, une zone d'ancrage répertoriée. Malmenés par le courant et le vent nous n'avons pas pu nous maintenir sur zone malgré nos trois tentatives dont l'une avec les deux ancres. Ainsi nous avons recherché une marina accessible mais toutes celles se trouvant dans les environs étaient privées. La nuit était tombée depuis près de 3/4 d'heure lorsqu'à Garrison nous avons aperçu une place libre au quai d'une marina. Nous nous y sommes dirigés et un des propriétaires de bateaux qui se trouvait là, nous a autorisés à y stationner pour la nuit. Il était 18H45 et nous étions fatigués. Confortés par ce lieu sécuritaire et paisible nous avons dormi comme des bienheureux. Au petit matin nous avons découvert, encore une fois, une température très fraîche (3°). Les bateaux et les quais étaient couverts de givre et un léger brouillard flottait au raz de la surface du fleuve. Brrr.!

 

 

 

Le petit déjeuner a été préparé avec frissons et cela nous a pris un peu de temps pour nous réchauffer. Nous avons quitté le quai à 9H50. Après 4H1/2 de route nous avons du nous arrêter à la marina d'Englewood pour nous ravitailler en fuel. Nous étions rentrés à marée basse et au quai le bateau reposait sur un fond de vase. Il n'y avait pas de danger mais Il nous a tout de même fallu attendre la marée montante pour repartir. L'intensité nerveuse montait. Nous nous trouvions à quelques encablures de la grande ville, le premier centre financier du monde et le siège de l'O.N.U. depuis 1946. Déjà sous le pont Georges Washington nous apercevions de grands buildings en scrutant l'horizon. Le temps sombre, couvert et humide dévalorisait le panorama. Et lorsque nous tournions notre regard sur les rives du fleuve nous constations un contraste évident du mythe new yorkais : des maisons vétustes, des immeubles gris, sales, apparemment surpeuplés. Ces quartiers pauvres si près de New York, c'était très étonnant, mais bien une réalité. Plus nous avancions, plus les immeubles s'élevaient, plus les espaces se réduisaient; les quartiers semblaient de plus en plus peuplés et serrés. Et les couleurs ? Décevantes par ce temps pluvieux et gris. Anne-Marie m'a fait la réflexion : "c'est ça New York ! Ce n'est pas beau. Je suis vraiment déçue". Nous n'étions pas encore dans le port.


(en jaune, le parcours effectué depuis Saint-Pierre)

 

 

 


Nous approchions de la position 40°41'30" Nord et 74°02'40" Ouest, en plein port de New York c'est-à-dire à 10m d'un des plus beaux symboles humains. A 16H30, le jeudi 14 octobre 1993 nous nous trouvions face à la Statue de la LIBERTÉ.

Le temps s'était un peu amélioré et nous avions pu ouvrir le toit du bateau pour admirer le chef-d'œuvre. J'ai explosé de joie en criant « Nous voilà devant ce symbole qui nous est cher: la LIBERTÉ ».

 

« Je ne crois point, au sens philosophique du terme, à la liberté de l'homme. Chacun agit non seulement sous une contrainte extérieure, mais aussi d'après une nécessité intérieure. » (Albert Einstein, Comment Je Vois Le Monde)

 

La statue représente une femme drapée brandissant un flambeau dans la main droite. Nous étions face à quelque chose d'extraordinaire, de fabuleux. En fait nous avions passé New York city sans vraiment nous en rendre compte parce que nous étions si fascinés par la statue " la Liberté éclairant le monde". Il nous a même semblé que la torche s'était allumée pour nous recevoir. En fait la torche a été peinte avec une peinture d'une couleur spéciale qui crée cet effet lumineux. 

 

 

Cette oeuvre, d'une idée de l'historien Edouard de Laboulaye, a été sculptée par Bartholdi. Terminée à Paris, la statue, offerte aux Etats Unis par la France, fut démontée et envoyée dans 210 caisses transportées par le navire "Isère". Elle a été érigée en 1886 (inaugurée le 28 octobre) sur l'île qui porte maintenant le nom de, île de la Liberté (anciennement île Bedloe). Colossale, elle mesure 91 m de la base à l'extrémité du flambeau et pèse 225 tonnes. C'est vraiment un monument magnifique. Il est le symbole de l'Amérique, pays des hommes libres mais également le symbole de l'amitié française. Nous vivions un moment de bonheur que nous devions mémoriser. Pour cela nous avons demandé à un plaisancier qui pêchait près de nous, de prendre une photo face à la statue. Sûr de notre photo souvenir, nous étions tout heureux. En réalité nous constaterons après le développement quelques jours plus tard, que le pêcheur n'avait pas pu cadrer la statue en même temps que le bateau. Nous n'apercevions que la base de la statue. La contemplation du monument a bien duré 20 minutes. Elle a même primé sur New York City qui, tout en étant une ville à grands gratte-ciel, nous paraissait sombre, sans intérêt. Pendant ce temps les remous occasionnés par les nombreuses embarcations qui tournaient autour de l'île nous ballottaient sérieusement. Il était temps de reprendre la route. Nous avons traversé le port (Upper Bay)où circulaient de nombreux bateaux de toutes tailles. Nous nous sommes dirigés vers Staten Island, île qui constitue un arrondissement (borough)de New York. Avant de longer la côte pour atteindre le lieu de mouillage appelé "Great Kills Harbour" nous avons passé sous un énorme pont construit en 1964 et qui porte le nom de ce célèbre explorateur italien "Verrazzano"*

En 1779 elle fut sabordée dans les passes du port de Savannah, afin d'en barrer l'entrée. Retrouvée des années plus tard, elle fut renflouée et puis ensuite reconstruite



 




.

 

Il nous a fallu une heure de route pour nous rendre au lieu de mouillage, là où nous avons apprécié un bon repos. Great Kills harbour est un bassin naturel circulaire autour duquel se trouvent bien implantées 3 marinas privées. L'une pour les bateaux à moteurs, les deux autres mixtes (bateaux à moteurs et voiliers). Outre les appontements, des bouées de mouillage appelées "moorings" sont installées dans tout le bassin. Quelques unes sont disponibles pour les bateaux de passage. C'est d'ailleurs sur une de ces bouées que nous nous sommes amarrés. L'endroit représentait un excellent abri, de surcroît, gratuit. Parmi la trentaine de bateaux au mouillage dont de nombreux voiliers, trois constituaient un domicile fixe pour l'équipage. Nous nous considérions bien installés malgré la bougeotte du "Wickie" contrarié par le vent et le clapotis. Ainsi nous avions décidé de fêter copieusement notre arrivée à New York. Nous nous sommes donc préparés un bon repas que nous avons bien arrosé.



 

Le lendemain matin vers 10 heures nous avons rallié la terre à l'aide de l'annexe en passant par une des marinas c'est-à-dire celle où nous avons été acceptés. Nous avons fait quelques courses et nous avons téléphoné aux enfants. De retour au bateau, j'ai pris mon gréement de pêche pour tenter de capturer un de ces poissons qui frayaient dans le bassin. J'ai failli avoir du succés mais le poisson a lâché. La journée s'est terminée par des notes sur l'agenda et la consultation de documents sur les marinas de New York en vue de nous y rendre le lendemain. Cependant le temps brumeux et pluvieux nous a fait renoncer à ce déplacement Nous sommes donc restés sur place toute la fin de semaine et j'ai pu ainsi installer un flotteur sur la pompe de cale pour le démarrage automatique et m'adonner à nouveau à la pêche. Après plusieurs tentatives ce n'est que le dimanche qu'elle fut fructueuse. J'ai pris une dizaine de poissons qui semble être de la famille du hareng. Nous avions décidé de goûter ce poisson et nous l'avons fait cuire dans du papier aluminium sur le petit barbecue. Alors que nous nous apprétions à nous mettre à table, un propriétaire de voilier, habillé en combinaison de mécanicien et coiffé d'un chapeau mou, dans sa petite barque, ramait pour se rendre à la marina. Passant près de nous, nous l'avons interpellé et interrogé sur ce poisson qui frayait dans le bassin. Il nous a appris que ce petit poisson servait de boëtte pour pêcher le gros poisson en haute mer. Nicholas s'est présenté comme américain-suisse. Il parlait un peu le français. Nous voyant préparer ce poisson pour le repas et n'en ayant jamais mangé, il a exprimé le désir de partager cette dégustation. Avec notre accord il est reparti faire ce qu'il avait à faire à la marina et il est revenu vingt minutes plus tard. A table dès la première bouchée, nous avons constaté que ce poisson était effectivement comme le hareng, plein d'arêtes. La chair avait un goût médiocre. Notre convive américain, homme souriant et d'une grande affabilité, était élégant, de taille moyenne, le visage ovale et buriné. Ses longues moustaches grisonnantes et ascendantes semblaient relier ses favoris. Il est ingénieur électrotechnique ayant suivi une formation spécialisée en Suisse, pays originaire de ses parents maternels. C'était à ce moment là qu'il avait appris le français. Il appelait le poisson pêché "du banker". Cela pourrait être du "gaspereau". Nicholas, c'est son prénom, nous a expliqué qu'il avait acheté sa goélette dans la baie de la Chesapeake suite à la perte totale d'un précédent voilier. Le drame s'était produit lors d'une tempête en 1992. Il avait failli perdre la vie en voulant sauver son voilier qui s'engouffrait dans la plage de sable poussé par des déferlantes. Il avait du se résigner et regagner le rivage grâce à un va et vient installé avec l'aide de ses amis. La tempête avait été si violente que la mer, en peu de temps, avait réduit en épave son voilier de 45 pieds qui était son domicile, sa vie. La goélette qu'il possède maintenant est équipée d'un minimum d'accessoires. Il travaille dessus, au jour le jour, suivant ses moyens financiers, pour en refaire sa véritable demeure flottante. Peut-être pour conjurer le sort, Nicholas a appelé sa goélette "Anathéma". Il avait même fondé son propre groupe dénommé du même nom et composé de copains. Le symbole était un petit pavillon blanc triangulaire déchiré par le centre. Lorsqu'il nous en a parlé et qu'il a écrit sur notre livre d'hôtes en signant "Anathéma" nous nous sommes demandés s'il ne s'agissait pas d'une secte. Mais la gentillesse et la lucidité de l'homme et ses manières nous avaient rassuré et nous étions conquis. Nous ne voyions pas en lui, un quelconque théoricien philosophique. Au cours de la conversation il nous a parlé d'un belge français qui appartenait à son groupe et qui vivait dans sa goélette à quelques encablures de là. Nous apercevions d'ailleurs cette goélette, à l'arrière de laquelle était inscrit : "Adèle, New York". Pour plaisanter et parce que Eric, francophile, ne rencontrait que très rarement des français, Nicholas nous a demandé qu'en quittant le mouillage pour New York city, de passer près de "l'Adèle" et d'appeler Eric pour lui parler en français. Vous verrez! il croira rêver". C'est effectivement ce que nous avons tenté de faire le lendemain à 7H30 au départ de Great Kills Harbour. Mais Eric ne s'est pas réveillé. Nicholas avait hissé un énorme drapeau américain pour nous saluer. A 10H le 18 octobre nous sommes entrés dans la marina "Port Imperial" située dans le New Jersey, en face de New York City. S'installer dans une marina était plus sécuritaire d'autant que nous pouvions prendre un ferry qui assurait la traversée de l'Hudson toutes les demi-heures. Munis d'une carte nous nous sommes rendus dans les rues de New York. Nous avons déambulé quelques temps, impressionné par l'immensité des buildings mais également par l'importante circulation de voitures. Sur les trottoirs nous évitions ces gens pressés prêts à bousculer pour passer. Un peu étourdis sur le moment par la première approche de cette fourmilière, nous avons repris nos esprits pour nous guider à l'aide de la carte. Nous avons alors constaté que l'orientation était relativement facile car la ville est sillonné de rues et avenues parallèles, numérotées pour les avenues de 1 à 12 et pour les rues de la première à la deux cent seizième et même plus. La première recherche sur la carte a été le Consulat de France pour acheter un drapeau français, le nôtre ayant été arraché à Amsterdam. J'avais récupéré la hampe et le drapeau américain à la porte de l'écluse mais pas le drapeau français. Depuis nous en avons recherché là où nous étions passés mais en vain. Même au Consulat on n'a pas pu nous en fournir, c'était le comble. De là nous nous sommes orientés vers l'Empire State Building (édifice impressionnant de 485 m de haut avec la tour télévision et radios). Il a été longtemps le plus haut gratte-ciel du monde mais le World Trade Center (445m) située ici également l'a "détrôné".L'Empire State était le surnom de l'Etat de New York. Nous avons sillonné les rues de la 34ème à la 59ème en passant par Madison Square Garden, "Abby Aldrich Rockfeller Sculpture garden", la "Plaza" mais également par Broadway. Après quatre heures de marche les kilomètres s'accumulaient et la fatigue aussi. Nous nous sommes arrêtés pour manger un sandwitch sur un banc près du "Central Park". Nous y avons admiré de superbes et en même temps de monstrueuses sculptures.

 

 


















Au retour vers la station d'embarquement du ferry nous avons fait un peu de lèche-vitrines et cela valait le coup d'œil. Tout est spectacle à New York (monuments, buildings, taxis, enseignes, policier à cheval, vitrines, les gens même suivant les accoutrements etc.). De retour à la marina à la tombée de la nuit, nous avons mangé sur le pont arrière du Wickie. Des oies sauvages nous tenaient compagnie dans la marina le long d'un autre ponton. Nous les avons repérées alors qu'elles cacardaient. Nous nous sommes dit : "tiens, quelques barnaches ont fait la même escale que nous, avant de poursuivre leur route vers le Sud". Grâce à la bonne orientation du bateau et le beau temps le permettant, nous nous sommes offerts notre repas-spectacle avec en vedette New York et ses gratte-ciel illuminés dont les tours jumelles.. Les lumières, des voitures, des enseignes, des bateaux, des avions et hélicoptères, scintillaient et donnaient une image très vivante, colorée et d'intenses activités. Sur ce superbe panorama, nous avons prolongé notre soirée sur le pont arrière du bateau en discutant dans la bonne humeur.


 

 

New York City : la côte fut d'abord découverte par le navigateur italien Giovanni da Verrazano qui, au nom du roi de France, recherchait la route de Chine puis par H.Hudson qui remonta la rivière qui porte son nom. Le début de la fondation de la ville s'est effectué sur la pointe sud de Manhattan en 1613 par un hollandais Block qui y tenait un comptoir. En 1616 Peter Minuet, un autre colon hollandais, l'acheta aux Algonquins contre quelques verroteries et l'appela la "Neuw Amsterdam". C'est en 1664 lors de la conquête par les Anglais que la ville prit le nom de New York en l'honneur du Duc d'York ce membre de la famille Stuart, le futur Jacques II. La ville de New York, qui fait 45km de long et presque autant de large, occupe 814 km2 et compte 7 330 000 habitants. Elle est devenue prospère et riche grâce aux canaux intérieurs mais aussi à son port qui se trouve dans la partie la plus proche de l'Europe. Avec ses cinq circonscriptions la région métropolitaine de New York comprend plus de 18 000 000 d'habitants. C'est une Cité cosmopolite et sa population s'est considérablement accrue au XIX et XXème siècle lorsque affluèrent les émigrés européens (Italiens, Russes, Allemands, Irlandais, Polonais etc...).Tout est gigantesque à New York : cinq aéroports, 1 500 km de quais aménagés, 2500 autobus, 600 tramways, 8500 km de routes, 138 bibliothèques municipales, 46 musées, 800 écoles élémentaires et d'immenses parcs. La zone urbaine a la première place parmi les centres industriels du pays : c'est plus de 35 000 entreprises qui emploient plus d'un million de personnes.


Il nous était évidemment impossible de faire le tour de cette ville gigantesque mais pour profiter au maximum de notre escale nous sommes retournés marcher dans la ville le lendemain de 9 heures à midi. La marina nous coûtait 64 dollars pour la nuit. C'était trop cher pour prolonger le séjour. Nous sommes donc repartis dans l'après-midi pour Great Kills Harbour où nous devions d'ailleurs faire le point financier sur notre voyage. Comme il faisait très beau nous avons mieux apprécié la traversée dans le port que le jour de notre arrivée. New York avait pris un autre aspect, une autre dimension. Avant de repasser (tiens le premier gratte-ciel construit à New York en 1902 s'appeler "Flat Iron building" qui veut dire "Fer à repasser") donc avant de repasser devant la Statue de la Liberté nous avons remarqué un bel édifice gris et rouge d'un style château, sur l'île Ellis. Il s'agissait du Musée National de l'Immigration fréquenté particulièrement par tous les américains qui désirent retracer l'arrivée de leurs ancêtres. C'est là que se tient également le service de l'immigration. Un peu plus loin la Statue apparaissait éclairée par les rayons du soleil.

 

 Du chenal de sortie du port nous distinguions parfaitement les buildings de Manhattan de hauteurs différentes qui ressemblaient, par leur architecture géométrique, à un assemblage de legos de couleur, rouille, gris, blanc et noir.

 






Durant la traversée nous avons pu distinguer les limites de l'île Manhattan séparée de Brooklyn par East River. Des ponts relient les deux districts. A 16h00 nous étions de retour à notre mouillage de Staten Island. Nous nous sommes mis à l'écriture, de mon côté sur le livre de bord et l'agenda et Anne-Marie sur les cartes postales. A 18H30 nous avons mangé. Entre temps le ciel s'était couvert et il commençait à pleuvoir. Une heure plus tard Nicholas, revêtu d'un ciré et coiffé d'un chapeau de sa fabrication venait nous inviter à souper à bord de l'Adèle. Nous n'avons pas osé lui dire que nous venions de manger. Cependant à cause du temps nous pensions avoir la bonne excuse pour ne pas bouger. Mais il a tellement insisté, nous avons cédé. Équipés de nos vestes de sauvetage nous sommes partis dans sa barque pour rejoindre "Adèle". Une fois embarqués dans cette goélette d'environ 50 pieds et équipée de vieux gréements, Nicholas nous a présenté Eric, le propriétaire. Il est lui aussi de taille moyenne mais plus enrobé que de Nicholas. Sur son visage rond se dessinent de bonne rides dont certaines camouflées par une large moustache poivre et sel. Eric nous rappelle Brassens. Nous apprendrons par la suite qu'il en est un fan. Celui-ci nous a invités à descendre à l'intérieur où nous avons découvert une table bien mise dans un espace réduit. Une bonne odeur de cuisine parfumait la cabine. Eric nous a souhaité la bienvenue et s'est excusé parce qu'il devait se remettre à la cuisine. Pendant ce temps Nicholas était resté à l'extérieur. Nous nous demandions ce qu'il y faisait. Tout à coup il est réapparu vêtu d'une veste blanche et un nœud papillon rouge autour du cou. Il faisait très maître d'hôtel d'autant qu'il tenait, d'une main de belles marguerites qu'il a délicatement offertes à Anne-Marie et de l'autre une bouteille de champagne pour le repas. Il nous a montré le motif imprimé sur sa veste. Il s'agissait des empruntes des pneus de sa jeep. Puis il nous a fait remarquer que l'étiquette de la bouteille de champagne confectionnée par lui-même, représentait au recto, l'avant de la jeep et au verso, l'arrière. Puis, en apothéose, il nous a décrit la fabrication de son chapeau qu'il avait réalisé avec un morceau de tuyau PVC pour le creux et une pièce de chambre à air pour le tour de tête. Décidément ce Nicholas est unique; un véritable artiste. Eric, qui avait enlevé son tablier nous a présenté le menu : champignons, mazarella et divers fromages, roast-beef avec spaghettis aux palourdes. Le service pouvait commencer. Devant nos assiettes bien remplies nous avons du faire l'effort de nous remettre à souper une deuxième fois. Cela n'a pas été une torture parce que le menu était excellent. Durant cet agréable moment nous avons fait plus ample connaissance avec la langue française à l'honneur. Le repas s'est terminé au champagne "jeep 1944" qui était en fait un véritable "Moët et Chandon".

 

Au cours de la discussion Anne-Marie avait exprimé son étonnement de n'avoir pas pu trouver de boucherie lors de notre balade à New York. Nicholas ne fut pas surpris lorsqu'il a pris connaissance du parcours que nous avions fait. Il nous proposa de servir de guide pour le lendemain. Eric, profitant de l'occasion, sa barque étant abîmée, nous a demandé de le prendre en passant pour qu'il débarque en même temps que nous. 23H30, la soirée terminée nous avons regagné le "Wickie". Le lendemain au réveil nous avons constaté qu'il faisait un temps de chien (vent fort de Sud-est accompagné d'averses de pluie). Nous hésitions à débarquer mais comme nous nous étions engagés à prendre Eric nous nous sommes décidés à partir. Nous nous sommes habillés de nos vestes de navigation et nous avions chaussés nos bottes, parés à affronter le mauvais temps. Nous avons récupéré Eric et sa barque que nous avons remorquée jusqu'à la marina. Sur le quai, Nicholas nous attendait avec sa Jeep. Véritable pièce de musée le véhicule décapoté avait conservé les couleurs originales (vert entaché de brun). Il n'y avait qu'un siège, celui du chauffeur; alors Nicholas nous a installés à l'arrière deux grosses caisses de bois en guise de bancs. Lorsque nous sommes partis nous avions vraiment l'air d'un commando en mission chacun étant emmitouflé à un tel point que nous étions sûrement méconnaissables. Les vitesses grinçaient et la jeep roulait parfois en saccades. Nous prenions un plaisir fou alors que la pluie tombait averse. A un carrefour, notre comportement étant surement insolite, nous avons interpellé un couple B.C B.G qui circulait dans une belle "Lincoln". Le chauffeur a eu un moment d'hésitation avant d'amorcer le tournant; la passagère, elle, a continué à nous observer avec étonnement. Nicholas nous a regardés et cela a été l'éclat de rire général. Nous effectuions vraiment une promenade folklorique. En tout cas Nicholas nous a conduit à un centre d'achat pour que l'on puisse faire nos provisions. A 13H45 nous étions de retour à bord, encore sous l'effet des éclats de rire qui reprenaient facilement. Par contre, nous nous sommes empressés de changer de vêtements parce nous étions trempés jusqu'aux os. Dans l'après-midi j'ai changé de mouillage, sur le conseil et l'aide de Nicholas. Pendant ce temps Anne-Marie commençait à préparer le repas du souper en s'appliquant puisque nos deux amis Nicholas et Eric étaient nos invités. Le mauvais temps a duré toute la journée et c'est vers 20h00 sous une pluie battante que nos amis sont arrivés. Anne-Marie a annoncé le menu : foie gras (venant de notre petite réserve) et tournedos sauce madère accompagné d'un Bordeaux acheté aux État Unis (Mouton Cadet). Avant de se mettre à table Nicholas et Eric ont du enlever leurs imperméables ruisselant impossibles à mettre à sécher tellement l'atmosphère du bateau était humide. Personne n'a été dérangé pour autant et nos invités avait une tenue de cérémonie : veste blanche et nœuds papillon mais en jean . Ils avaient beaucoup d'humour et cela nous plaisait. Tout au long du repas il a été question de l'Archipel. Nous leur avons vanté les atouts de nos îles avec des illustrations des dépliants touristiques. Et au digestif, nous leur avons fait écouter le CD du groupe local "Belle Rivière". Nicholas et Eric nous ont quitté à 23H30. Ils semblaient heureux. Comme il faisait très mauvais Nicholas a accompagné Eric jusqu'à "Adèle" avant de regagner "Anathéma". Nous les avons aidés au mieux avec le projecteur. Pour nous, il restait avant de se coucher, à faire la plonge. Le lendemain, le temps ne s'était pas beaucoup amélioré. Cependant nous sommes descendus à terre pour rejoindre Nicholas qui désirait nous montrer son atelier. Sa propriété était située près du bassin et il louait la maison principale. Par contre l'atelier y attenant, équipé pour tous travaux (réparation de coque en fibre de verre et toile de voiles), lui servait également de logement quant il restait à terre. En ce moment il étudiait la possibilité d'utiliser un chauffage avec récupération de l'eau de condensation. Il nous a fait une théorie sur le système qu'il expérimentait sur la goélette. Nicholas effectuait aussi des travaux de maintenance sur les voiliers se trouvant dans les marinas. Peu argenté, il recherchait les moyens les plus économiques pour vivre sur sa goélette. En faisant le tour de son atelier nous avons constaté qu'il possédait un outillage varié ainsi qu'une machine à coudre pour les voiles. Par surprise, comme un magicien, il nous a sorti des quelques morceaux de tissu qui se trouvaient sur l'établi, deux drapeaux de sa confection: un français et un américain. Il avait pris bonne note de notre histoire de drapeau perdu et de l'impossibilité de se fournir ici. Nous étions heureux parce que nous tenions à notre drapeau national. Nous avons ensuite quitté notre ami pour aller poster des cartes postales. De retour au bateau nous avons installé les drapeaux sur la hampe amovible que nous fixions à l'arrière, à l'entrée et à la sortie des ports. Le vent et la pluie nous ont obligés à rester à l'intérieur. J'ai consulté la carte en préparation du prochain départ et j'ai noté les coordonnées géographiques à porter dans le GPS. Comme nous serons sur l'océan, j'ai enregistré des waypoints jusqu'à Barnegat. Cela correspondait à un parcours de 62 miles nautiques. Pendant ce temps Anne-Marie faisait le bilan financier à l'aide de ses relevés quotidiens. Ensemble ensuite, nous avons fait le point sur les comptes. Ceux-ci laissaient apparaître que les dépenses imprévues s'étaient bien vite accumulées suite à la défaillance du Loran et du radar et à la panne mécanique survenue à Québec. 
En définitive à cause des ennuis matériels et de la fluctuation du dollar (cd = 4,60 frs et US = 6 frs) notre moyenne mensuelle des dépenses était trop élevée. Nous avons décidé de réajuster.  Nous étions alors fixés sur nos comptes. Il était 19 heures, Anne-Marie s'est mise à la cuisine pour préparer le souper. Dehors, le vent de Sud-Ouest, accompagné d'averses de pluie, soufflait à 25, 30 nœuds bousculant le "Wickie" dans tous les sens. Nous faisions presque la toupie sur notre bouée d'amarrage et nous dansions sur les vaguelettes. C'était incorfortable. Au cours du repas qui fut léger nous avons fait le bilan moral de notre parcours d'environ 2000 miles nautiques. Nous avions, en fait, effectué la moitié de l'itinéraire prévu pour nous rendre à St-Petersburg en Floride. L'analyse était positive parce que malgré les quelques difficultés rencontrées nous nous sentions capables de poursuivre. Anne-Marie qui savait, qu'à tout instant elle pouvait renoncer, supportait très bien la vie à bord malgré l'exiguïté des lieux. Par ailleurs, le voyage nous permettait d'apprécier, les rencontres mais également la magie de la télécommunication qui nous reliait par téléphone et en permanence avec la famille et les amis. Nous appelions en moyenne, deux à trois fois par semaine. Nous nous sommes aperçus de l'importance de ce contact chaque fois que nous recherchions un téléphone au cours d'une escale. La famille était avec nous par ce biais mais aussi grâce aux photos qu'Anne-Marie avait accroché dans la timonerie. A chaque port et pour leur permettre de suivre notre itinéraire, nous écrivions des cartes postales aux enfants et à notre petit-fils Maxime. Grâce à tout cela, Le moral restait bon et l'aventure était toujours aussi excitante pour tous les deux. Fiers de ce bilan nous nous sommes embrassés tendrement comme deux amoureux qui repartaient pour une nouvelle aventure. Le lendemain nous avons annulé notre départ en raison du vent fort d'Ouest. Grâce à cela, dans l'après-midi Eric nous a offert la bouteille vide de champagne sur laquelle étaient collées les étiquettes de la jeep. A 19 heures, c'est Nicholas qui est venu à bord avec un plat de sauce : une sauce rouge, à base de betteraves. Il l'appelait la sauce de l'amour à mélanger aux spaghettis. Il nous a donc demandé si il pouvait cuire des spaghettis à bord. Nous étions d'accord bien sûr. Lorsque la préparation fut terminée il nous l'a offerte en la baptisant : le menu des amoureux. Ce n'était
pas le top sur le plan gastronomique et le bateau bougeait beaucoup. Anne-Marie était mal à l'aise. Mais le geste était si apprécié qu'elle a quand même fait l'effort de goûter. De mon côté, j'ai mangé mais je ne suis pas retourné au plat.. Nicholas ne s'en est pas aperçu. Il était si fier de sa recette que nous ne voulions pas le décevoir. Après le repas il m'a montré comment mesurer l'intensité d'électricité de l'électrolyse sur différents points mécaniques du bateau. Nicholas nous a quittés vers 22H30. La nuit a été plus sereine puisque le vent s'était calmé.

 


6ème épisode ... à venir

Par Claude-Anne-68 - Publié dans : VOYAGES
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 13 février 2009 5 13 /02 /Fév /2009 15:38

 




                    QUEBEC – MORRISBURG


 

Jeudi 16 septembre

6H20 : ouverture de l'écluse. Un Bateau à passagers, rentrait dans le bassin. Eric a lâché les amarres et nous avons quitté le quai pour passer l'écluse. Lorsque nous y sommes rentrés , il nous saluait toujours et devant une aurore magnifique et aveuglante, l'ombre de ce sympathique garçon intégrait le spectacle.

6H30 : Nous avons quitté l'écluse et nous sommes sortis du port pour nous rendre sur le fleuve. Un léger brouillard envahissait sa surface comme s'il s'agissait d'une eau bouillante qui s'évaporait. Le fond de l'air était très frais et le soleil se dressait à l'horizon. Nous avons contemplé à nouveau cette belle ville de Québec, la première grande ville du voyage.

          

Le temps passait vite à naviguer sur le fleuve, parce que nous suivions attentivement notre parcours sur la carte à l'aide des indications du balisage. Quelques heures après notre départ, nous avons croisé le porte-conteneurs de la Compagnie "Oceanex" de St-John's (Terre Neuve). L'officier que nous apercevions à la timonerie avec ses jumelles avait repéré le pavillon français qui  flottait à l'arrière du Wickie et surtout le drapeau local (armoiries) accroché à l'antenne du GPS. Il a donné un coup de sifflet et nous a adressé un salut amical en agitant son bras. Vers 14H nous étions sur le lac St-Pierre et cette fois nous avons croisé un aviso militaire français " le Vendémiaire" (nous l'avons appris plus tard qu'il se rendait à St-Pierre et Miquelon). Deux officiers, sur la passerelle, nous ont salués. Une heure et demi plus tard, à court de fuel nous avons fait  escale à la marina de Sorel.  Cela nous a fait faire un brake d'une heure et quart. Nous avons ensuite poursuivi notre route qui  restait toujours délicate en raison de la circulation et du balisage; c'était la raison pour laquelle nous continuions à suivre notre progression sur les cartes nautiques. La navigation sur cette partie du fleuve a été agréable mais un peu plus fatigable à cause de la concentration lors de l'observation des bouées et du balisage par alignements etc. C'est surtout la longueur du voyage qui nous a le plus fatigués. Sur ce parcours, depuis Québec, nous avons constaté qu'il existait encore, sur le fleuve, un trafic relativement important. C'est à 19H15 que  nous sommes arrivés face au Port de Plaisance de Longueuil qui se trouvait vis à vis du port de commerce de Montréal là où se trouvaient de gros cargos ainsi qu'un paquebot. Nous avons tenté de prendre un contact radio avec la marina mais en vain. Heureusement nous avions la carte d'entrée des deux marinas de l'endroit dont l'une aménagée plus spécialement pour les voiliers. Nous sommes rentrés dans celle recevant des bateaux à moteurs justement là où se trouvait le bureau d'accueil.

Arrivés à l'appontement, nous avons eu la visite d'un surveillant qui nous a indiqué un numéro de quai pour nous installer. Nous avons soupé et fatigués de notre journée, nous nous sommes couchés tout de suite après.

Vendredi 17 septembre  : Vent Sud-ouest, temps couvert. Température 14°. Rituel matinal jusqu'à 10H30 où nous sommes allés régulariser la situation avec le service administratif de la marina. Un peu plus tard nous avons appelé Nathalie à Miquelon, mais elle était absente. C'est donc Sylvie que nous avons eue à Saint-Pierre. Tout allait bien dans la famille; par contre elle nous a appris que notre maison avait été visitée par des voleurs et qu'elle avait du déposer plainte à la gendarmerie. Cela nous a beaucoup contrarié. Nous sommes ensuite partis à pied chez Paule (la tante d'Anne-Marie) qui habite Longueuil. Nous avons créé la surprise tout en étant attendus. La maman d'Anne-Marie se trouvait là, comme prévu, Joyeusement accueillis, Paule s'était empressée de nous apprendre qu'elle avait justement préparé un bon repas. Nous l'avons donc partagé en "fête de la bouffe" parce que la tante Paule est une excellente cuisinière et ses repas son copieux.  La discussion  s'est concentré sur notre voyage entre St-Pierre et Montréal ainsi que sur la famille.
Sur le plan physique, nous avions de légers problèmes: Anne-Marie une vilaine coupure au milieu de la lèvre inférieure, à cause de l'air sec et salin et moi des escarres à l'oreille gauche parce que je dormais toujours sur le même côté. Bien sûr nous nous soignions mais cela mettait du temps à s'arranger. A l'évocation du confort  des couchettes tante Paule nous a conseillés d'y placer des matelas orthopédiques .
Le repas terminé, Anne-Marie a pu aller avec sa mère et Paule au Centre commercial alors que moi, je suis retourné au bateau pour remplir le livre de bord et l'agenda. Je suis ensuite revenu pour le souper et le retour à pied au bateau nous a permis de faciliter notre digestion.
Le lendemain en fin de matinée en fin de matinée nous avons fait connaissance avec un propriétaire de bateau, Conrad et de son épouse Doreen. Ils ont tenu conversation avec nous un bon moment et nous ont invités à boire un café sur leur bateau. Il s'agissait d'un bateau de 45 pieds de type cabin cruiser, équipé d'un moteur de 300 cv et aménagé comme une véritable maison. En guise d'équipement, il possédait en plus des moyens classiques, un GPS traceur de route. Leur navigation se limitait pour l'instant, au fleuve jusqu'au lac Champlain.  Cette rencontre a été sympathique et nous nous sommes quittés en début d'après-midi. C'est alors que nous sommes allés chez Paule passer l'après-midi. Vers 17 heures, Josiane, la fille de Paule, est arrivée pour nous dire bonjour et nous a offert d'aller souper chez elle et même d'y dormir.  En partant avec Josiane nous sommes donc passés par le bateau prendre nos affaires.  Nous avons ensuite visionné la cassette sur Maxime envoyée par Sylvie et Jean-Christophe. Nous avons constaté que notre petit-fils âgé de 14 mois maintenant, se portait bien et qu'il avait commencé à faire ses premiers pas. Nous étions émerveillés de le voir en action et le plus souvent à quatre pattes, bien sûr. Sylvie lui avait demandé de nous faire un "au revoir" et il l'avait fait avec le sourire. On avait l'impression qu'il était près de nous et cela nous dégageait beaucoup d'émotions . C'est vers 18H30 que nous sommes sortis ensemble pour souper au restaurant.
Nous y avons passé une bonne soirée avec une agréable ambiance familiale. En rentrant chez Mario et Josiane nous nous sommes mis à jouer à la belote pour terminer la soirée aux alentours de minuit et quart.

Ce dimanche 19 septembre le vent d'ouest est  faible et le soleil est au rendez-vous, cependant la température n'est que de 8°. Après le petit déjeuner nous avons appelé Maman et Sylvie à St-Pierre. Vers  midi Jean-Jacques est  arrivé avec toute sa famille: sa femme Suzanne et ses deux garçons, Jean-François et Nicolas.  Les filles de Mario et Josiane : Sonia et Nathalie avec son fiancé Sylvain sont venus également. Le menu du dîner avait été décidé à l'unanimité : Pizzas. Le repas terminé et sur la demande insistante des jeunes, nous avons décidé de nous rendre au "Vieux Montréal" sur le "Wickie. Nous étions 10 à bord pour cette balade : Jean-Jacques, sa femme Suzanne, ses enfants Jean-François et Nicolas, Mario et Josiane, leur fille Nathalie et son ami Sylvain, Anne-Marie et moi.

En raison du fort courant sur le fleuve, la traversée a été un peu longue pour aller jusqu'à la marina du Vieux Port. Sous le pont Jacques Cartier et au-delà, le courant atteignait 5 à 6 noeuds. A 14H30 nous étions dans le vieux port où nous avons observé sur l'un des quais, une superbe caravelle : son nom "Le Pélican". Sa figure de proue était magnifique. De couleurs jaune et noir, elle n'avait jamais vraiment navigué comme me le disait Sylvain. Objet de conflits statutaires et financiers, elle servait pour le moment de musée.
La visite dans le Vieux Montréal a duré environ deux heures ; nous sommes, ensuite, retournés à Longueuil.
  Lundi 20 septembre : temps ensoleillé. Température: 5°. Matinée tranquille et favorable pour effectuer les mises à jour de l'agenda, des comptes etc... En début d'après-midi j'ai consulté les cartes et les instructions nautiques pour la suite du voyage qui comprendra en particulier beaucoup d'éclusage. Jean-Jacques est arrivé en cours d'après-midi pour nous prendre et nous conduire dans un commerce, dans le vieux Montréal, spécialisé dans les équipements maritimes. Nous devions chercher les documents nautiques pour les parties : canal du Trent Severn jusqu'à la baie géorgienne et de Chicago au fleuve du Mississipi. Arrivés au commerce, le vendeur a pris connaissance de ce que nous voulions. Il ne possédait pas les ouvrages mais nous a mis en garde sur les dangers d'emprunter le Mississippi en cette période. Un avis de danger restait en vigueur concernant la navigation sur le fleuve Mississipi depuis que ce dernier était sorti de son lit au printemps. Il s'en était suivi des inondations catastrophiques et le système de balisage avait été très endommagé. Le gouvernement prévoyait un rétablissement à la normale d'ici un an. Cela nous a inquiétés, parce qu'en renonçant à ce parcours, nous devions en emprunter un autre : retourner à Sorel et prendre la voie navigable du Lac Champlain pour nous rendre à New York. La saison étant avancée certaines écluses risquaient d'être fermées. Le vendeur nous a rassurés en nous suggérant un autre itinéraire. Il partait d'Oswego, ville américaine du Lac Ontario. Le canal Oswego conduit au canal Erié jusqu'à Hudson River. Aucun document nautique n'était cependant disponible pour ce parcours. Nous sommes donc repartis malgré tout soulagé de ne pas avoir à faire demi tour. Nous avons mieux savouré notre « coup de thé » chez Paule. Nous sommes ensuite retournés sur le « Wickie » où j'ai fait les vérifications mécaniques habituelles en vue d'une nouvelle sortie sur le fleuve avec Sonia, Eric, Sylvain et la belle-mère. Nous sommes allés jusqu'au vieux port et aux alentours. La balade a duré environ 1H20 au grand bonheur des invités. Nous étions de retour à 17H45 et trois quarts d'heure plus tard nous sommes repartis chez Paule qui nous avait préparé un repas pantagruélique. Après le repas nous avons joué à la belote jusqu'à 23H30. Nous sommes allés dormir chez Jean-Jacques.

 Mardi 21 septembre .  De retour au bateau j'ai repris les cartes du fleuve que m'avait prêtées Léger à Québec mais il me manquait celle du Lac Ontario pour la traversée jusqu'à Oswego. Par contre j'avais les instructions nautiques, c'était l'essentiel. Pendant ce temps Anne-Marie est sortie pour faire des provisions. Jean-Jacques m'a conduit à une station pour remplir les bouteilles de gaz et au retour nous avons récupéré Anne-Marie qui avait une provision d'épicerie. En fin de matinée mon ami François est venu nous rendre visite. Cela nous a fait plaisir. J'ai fait connaissance de François en 1983 alors que j'étais Président du Hockey Sporting Club. Nous avions besoin d'un entraîneur pour le Club et notre comité directeur s'était arrêté sur sa candidature . Comme nous partions pour le Mexique via Montréal, fin janvier 1983, j'avais proposé au Comité de rencontrer ce jeune entraîneur à Montréal. C'est ce que j'ai fait et j'ai discuté avec lui pour mieux le connaître avant de lui faire signer le contrat avec le Club. Confiant sur son état d'esprit, je lui ai donné certaines directives concernant notre équipe de hockey et les objectifs à atteindre. J'avais vite compris qu'il possédait les qualités nécessaires pour faire passer un message positif dans le cadre de l'organisation et de la préparation d'une équipe de Hockey. François avait le bagage requis : préparation à l'enseignement en éducation physique, titulaire du diplôme d'entraîneur de hockey, études en psychologie à Toulouse en France. Si je me souviens bien, le contrat nous l'avons signé le jour de mon anniversaire, le 28 janvier 1983 à l'hôtel "Royal Roussillon". Le Club a connu cette année là, son moment de gloire. François avait mené l'équipe jusqu'au titre de "Champions de Terre Neuve-Labrador"; titre acquis après avoir battu en finale l'équipe du Labrador à la patinoire de Saint-Pierre. Depuis notre rencontre nous sommes restés en contact mais surtout nous sommes devenus des amis. François nous a laissés en fin de matinée après avoir longuement discuté sur notre projet de voyage. Il ne se lasse pas d'exprimer son amitié et c'est réciproque. Lorsqu'il nous a quittés en nous souhaitant beaucoup de chance nous sommes allés chez tante Paule pour dîner .

Après le repas, Jean-Jacques est venu nous chercher et nous a amenés visiter le biodôme et le jardin botanique.








Comblés par cet après-midi instructif, nous sommes allés manger, en soirée, au restaurant avec la famille de Jean-Jacques, Paule et la belle-mère.

De retour chez Paule, nous avons, une nouvelle fois, joué à la belote. Entre-temps Jean-Jacques et sa famille avaient décidé de rentrer chez eux. Ils nous ont souhaité un bon voyage et nous ont demandé de les tenir informés de notre progression. A minuit et demi c'était à notre tour de partir. Le départ de Longueuil étant prévu pour le lendemain, Paule et Maman Garzoni nous ont souhaité bonne chance pour la suite du voyage. Arrivés au bateau, Anne-Marie a installé nos nouveaux matelas et nous avons rapidement constaté l'amélioration du confort dans la couchette. Ouf! On devrait mieux dormir.
Mercredi 22 septembre .8H00 : rituel habituel puis travail sur les moteurs (serrage d'injecteurs et des retours) parce qu'il y avait des fuites de fuel. Il s'agissait d'un réglage normal, du à la réparation faite à Québec. Ensuite j'ai sorti la carte du secteur de navigation à partir de Montréal. Pendant ce temps Anne-Marie était partie au magasin.
Dans le courant de la matinée Mario le mari de Josiane, nous a amené une caisse de livres usagers (un cadeau de Sonia qui a compris qu'Anne-Marie lisait beaucoup).

Il est resté à bord discuter un moment et il est reparti au boulot dans son bahut (il est aussi camionneur indépendant) qui contenait un chargement de marchandises pour l'Ontario.

Sur la photo à gauche, Sonia est concentrée pour signer notre livre d'or.


Après le repas du midi et la livraison de fuel, nous avons repris le cours de notre voyage. Sur le fleuve, nous avons reconnu le building de Longueuil où se trouve l'appartement de Paule; Nous avons fait un signe ; c'était notre "au revoir" à distance.


MONTRÉAL, le colosse : Quelle est, au monde, la plus grande ville de langue française après Paris? Ce n'est pas Marseille, mais Montréal, à 4 000 km de la France .Montréal, fondée en 1642 par des Français, reçut le nom de "Ville-Marie de Mont-Royal". Aujourd'hui encore, les deux tiers de ses habitants sont d'origine française. Elle est construite sur une île du Saint-Laurent, presque au confluent de ce fleuve avec l'Ottawa*. Elle doit tout au Saint-Laurent, en particulier son port qui, situé à 400 km de la mer, est l'un des plus grands du monde; il abrite des navires de tous tonnages, en provenance ou en direction des Grands Lacs. Formé d'un réseau de canaux et de bassin, il possède des dizaines de môles, sur lesquels se déploie une activité fébrile. Montréal est une ville très étendue de 1 300 000 habitants (2 800 000 avec l'agglomération) dont les édifices publics comptent parmi les plus beaux du Canada. Au cœur même de la cité s'élève le mont Royal, ancien volcan éteint, complètement recouvert d'arbres et qui constitue un magnifique et vaste parc central. Sur le plan économique et culturel, l'importance de la ville s'est accrue du fait de l'exposition internationale de 1967. (Tout l'Univers - Hachette).

13H00 : nous sommes arrivés à l'écluse St-Lambert qui fonctionne en coordination avec le pont Victoria. Dans l'écluse et sur le quai de bâbord des lamaneurs nous ont lancé des amarres. Ils se trouvaient à 8 m au-dessus de nous. Nous avons dû tenir ces amarres bien raides afin de garder le bateau à sa place, le long du mur, durant l'opération d'éclusage. Nous sommes montés de 5m par rapport au niveau de la mer. Cela nous a pris une demi-heure. Nous avons quitté l'écluse et Anne-Marie était satisfaite d'avoir accompli son travail sans appréhension. Elle m'a annoncé avec fierté : " ce n'est pas si terrible que cela l'éclusage". A cet endroit nous sortions de Montréal, la plus grande ville de la province du Québec et nous nous trouvions à la porte d'entrée de la voie maritime du St-Laurent.

Elle mesure 3800km de longueur avec une profondeur de 8m. 16 écluses font franchir aux bateaux une hauteur totale de 77m (différence d'altitude entre Montréal,6m et le Lac Supérieur, 83m)
Technique inventée au XIVè et XVème siècle, l'écluse a révolutionné le transport fluvial. Comment fonctionne une écluse : l'éclusage, ou sassement, d'un bateau remontant le cours d'eau est le suivant :1. Entrée du bateau dans l'écluse : les portes aval étant ouvertes, le niveau du plan d'eau dans le sas est le même que celui du bief aval. Les portes amont sont fermées.2. Fermeture des portes aval; le sas et le bateau sont coupés des biefs amont et aval.3. Ouverture des vantelles amont; entrée de l'eau amont qui élève le niveau du sas jusqu'à celui du bief amont. L'eau amont peut aussi entrer par des aqueducs qui aboutissent au sas, ou par les bajoyers ou encore par-dessous le radier.4.Après égalisation des niveaux, le bateau s'est élevé de la chute de l'écluse; ouverture des portes amont.5. Sortie du bateau de l'écluse; il peut poursuivre son voyage vers l'amont. (Théma Larousse).


15H30: Écluse Côte Ste-Catherine. Là, nous avons monté de 9m. A l'entrée nous n'apercevions que les casques jaunes des lamaneurs qui nous ont lancé des cordes.

18H00 : nous avions traversé le lac St-Louis et nous étions arrivés à l'écluse du Beauharnois. Là, nous avons décidé de nous arrêter pour la nuit à la marina de Malocheville. Après avoir appelé Sylvie et Jean-Christophe à l'occasion de leur troisième anniversaire de mariage et nous nous sommes promenés un peu dans Malocheville, petite commune très paisible. De retour à bord nous nous sommes couchés vers 21H30.

Jeudi 23 septembre

: Le début du voyage s'est passé sous la pluie. Le temps s'est amélioré en milieu d'après-midi. Nous avons voulu nous arrêter à 18H en essayant d'approcher une marina située à 1mile1/2 de "Hamilton Islandais" mais le fond était douteux. Par sécurité nous avons préféré poursuivre la route. L'entrée et la sortie des proximités de cette marina nous ont donné des sueurs.
A 19H15 nous sommes arrivés à Cornwall Island. Suivant l'indication de la carte deux marinas figuraient près de Pilon Island, mais elles étaient introuvables. Comme nous restions dans le flou et la nuit étant tombée, nous avons décidé de jeter l'ancre près de l'île Pilon. Nous avons constaté que notre carte n'avait pas été mise à jour.
Au niveau des moteurs, j'avais remarqué depuis quelques heures qu'ils dégageaient une fumée noire et baissaient de régime. Y avait-il du filin ou des algues dans les hélices ? En tout cas l'arrière du bateau, à cause de cette fumée était dans un état lamentable. Une vérification était donc à faire, une fois à quai.
Aujourd'hui nous avions franchi deux écluses : l'inférieur et le supérieur Beauharnois, toutes deux de 13m et deux ponts : le pont Saint-Louis et le pont Valleyfield. A la sortie du supérieur du Beauharnois et sur les quais longeant la berge du côté canadien, nous avons pu observer une colonie d'oies sauvages (Bernaches du Canada) qui criaillaient. Elles s'étaient rassemblées là pour une pose et semblaient nous donner rendez-vous. Effectivement en période de migration, en automne, elles partent à la recherche d'un climat plus clément. Elles se dirigeaient comme nous, vers le Sud. A partir du Beauharnois le fleuve est divisé en deux par une ligne frontalière imaginaire délimitant le Canada et les Etats Unis. Du côté Ouest se trouve le Canada et à l'Est les États Unis et ce, jusqu'au lac Ontario .

Vendredi 24 septembre : à 6h30 en préparant le petit déjeuner, j'ai contemplé une superbe aurore et à 8H nous avons levé l'ancre pour nous rendre à la marina de Cornwall. Les formalités accomplies nous avons évoqué, avec le responsable de la marina, notre problème mécanique. Il a donc pris contact avec un mécanicien qui est arrivé en fin de matinée. Il a contrôlé l'état de l'alimentation des moteurs et il a constaté que les filtres étaient bouchés à cause de la mauvaise qualité du fuel. En outre il m'a signalé que le courant sur le fleuve faisait forcer les moteurs. Les opérations de maintenance devaient donc se faire dans des temps plus courts que préconisés par les constructeurs.
Pendant que le mécanicien s'était déplacé à "Lachine", banlieue montréalaise, pour se procurer les pièces introuvables sur place (filtres à huile et à fuel) j'ai été amené à aider un capitaine-propriétaire d'un bateau de croisière appelé "le Jacques Cartier". En effet, Luc et son second Odilon sondaient le bassin de la marina pour voir si leur bateau pouvait y entrer sans problème. Comme ils utilisaient un sondeur électronique et qu'il y avait beaucoup d'herbes, ils n'arrivaient pas à obtenir les informations justes sur la profondeur réelle du bassin. Je leur ai fournie une ligne à plomb; un moyen rudimentaire mais, dans ce cas, efficace. Ils ont apprécié mon aide et sont venus discuter un moment avec moi alors que je nettoyais les moteurs. Ils m'ont expliqué qu'ils avaient effectué ce sondage pour savoir si ils pouvaient rentrer le bateau à la marina en vue de prendre les passagers d'une croisière achetée par l'équipe de hockey "Les Nordiques" de Québec. Mais cela s'avérait impossible.
Luc nous a proposé de venir visiter le "Jacques Cartier" avant notre départ. Pendant ce temps Alain, le mécano était de retour .Il m'a remis tous les filtres et il a réparé le support endommagé du filtre à fuel du moteur droit. Il nous a quittés à 19H.

3/4 heure plus tard nous sommes allés voir une rencontre de hockey à la patinoire : les AS de Cornwall (Réserve des Nordiques) s'affrontaient aux Sénateurs de P.E.I. (Prince Edouard Island), la réserve des Sénateurs d'Ottawa. Les AS l'ont remporté sur un score de 4 à 3 au cours d'un match de début de saison, très agressif mais pas très technique.

Nous étions ici en Ontario, cette province qui est la plus peuplée des provinces canadiennes.

Ontario : située à l'O. du Québec elle a une superficie de 1 068 464 km2 et une population de plus de 8 300 000 habitants. Capitale Toronto. C'est la patrie de Sir Frederick Banting qui participa à la découverte de l'insuline et qui fut prix Nobel en 1923. Le climat y est relativement clément. Son histoire : région explorée par Etienne Brûlé, puis par Champlain (1615). Cédée à l'Angleterre par le Traité de Paris en 1763 elle fut peu à peu incluse dans la colonie de Québec. Les colons anglo-saxons restèrent fidèles à la Grande Bretagne après l'indépendance américaine et York (aujourd'hui Toronto) fut incendiée en 1812, pendant la guerre anglo-américaine. Suite à l'échec des premières actions autonomes, la région est devenue Canada de l'Ouest en 1841 et eut son gouvernement à Ottawa en 1858. En 1867, l'établissement du Dominion du Canada donna à la région le statut de province de l'Ontario. Économie : Cette province produit environ 40% du revenu national la situant première région économique du Canada. Production de matériel automobile et de machines agricoles. Agriculture, céréales (blé et maïs), légumes et fruits. Élevage de bovins et porcins, produits laitiers et volailles.  La forêt représente 70% des terres. La pêche s'effectue sur les grands lacs et emploie plus de 3000 personnes. Les fourrures en provenance de la chasse et de l'élevage fournissent un revenu important. Les richesses minérales : nickel, cuivre, or, minerai de fer, uranium, gaz naturel.  L'hydroélectricité dont les usines sont installées sur la rivière Niagara et le fleuve St Laurent fournit 6 000 000 kWh.


Samedi 25 septembre

 Nous nous sommes réveillés en découvrant, de la timonerie, encore un beau lever de soleil. Des oiseaux (pluviers, bécassines, canards) se nourrissaient et s'ébattaient sur les bords du fleuve c'est-à-dire à une dizaine de mètre de nous. Ils créaient une ambiance musicale avec un mélange de sifflets qui n'étaient pas désagréables. Nous avons déjeuné debout en raison des travaux sur les moteurs qui nous ont obligés à tenir les panneaux de cale ouverts dans la timonerie. Ensuite je me suis mis à remplacer les filtres (fuel, huile et air).J'ai également changé l'huile de carter de chaque moteur. Pendant que j'effectuais ces travaux, Jean-Jacques est apparu comme un revenant. Il était supposé être sur la route avec son camion. Sa destination pour une livraison de marchandises lui avait permis de venir s'informer parce qu'il était au courant que nous avions des avaries; c'était sympa. Jean-Jacques c'était pour nous comme un frère.

Pendant notre adolescence, nous étions des copains de classe  et sa collaboration a été précieuse dans ma rencontre avec Anne-Marie qui s'est faite de la manière suivante :
" Un jour, alors que nous étions à discuter à la fenêtre de la patinoire, nous avons aperçu sa cousine (Anne-Marie), qui habitait la maison d'en face. Elle effectuait un travail manuel sur la table de la cuisine (peinture d'un couple indien m'avait-elle dit, par la suite). Jean-Jacques avait remarqué mon attrait pour Anne-Marie que je trouvais jolie. Je ne sais pas pour quelle raison mais je lui ai dit que si je venais à la fréquenter que ce serait pour la marier (réflexion étonnante tout de même ?). Jean-Jacques a pris cela à la rigolade mais il m'a lancé le défi en me disant qu'il me la présenterait. Cela s'est passé en janvier et j'allais avoir mes 17 ans. Anne-Marie avait eu ses 15 ans en décembre. Jean-Jacques, opportuniste avait choisi la période des vœux pour m'amener avec lui chez son oncle. Il s'était auparavant assuré de la présence de la bien-aimée. A partir de ce jour, nous avons commencé un flirt de jeunesse malgré qu'Anne-Marie ne me trouvait pas beau. Mais, disait-elle, j'avais un beau sourire. Ce flirt s'est transformé en une véritable histoire d'Amour" .Nous sommes fiers de le lui rappeler de temps en temps.


A 10H30, les travaux étaient terminés et nous avons pris du fuel. Nous nous sommes ensuite rendus au quai du "Jacques Cartier" qui se trouvait à quelques encablures de là. Jean-Jacques nous avait rejoint. Luc, le capitaine-propriétaire nous a reçus avec joie et nous a fait visiter son bateau de croisière. Peint en jaune et blanc, ce navire de 46m de long et 11m de large peut accueillir 400 passagers. Il possède 3 ponts et deux salles d'une capacité de 200 personnes. La salle du pont supérieur est caractérisée par une vision panoramique sur 360°. De construction en acier il est propulsé par deux moteurs diesel (700 ch) qui lui assure une vitesse de croisière de 12 nœuds. Le capitaine qui nous avait amenés à la timonerie nous a passé son uniforme et sa casquette pour prendre une photo souvenir.

 

 

Il nous a dit qu'il assurait lui-même l'animation à bord et qu'il s'adonnait aussi à la chanson. Il nous a offert une cassette qu'il avait enregistrée pour la promotion de ses croisières. La conversation s'est ensuite orientée sur notre voyage. Par rapport à notre nouvel itinéraire, Luc nous a remis un ouvrage que je recherchais et qui contenait des informations nautiques sur les canaux historiques allant d'Oswego jusqu'à New York (belle coïncidence). Il nous a offert des cadeaux promotionnels (T-Shirts et dépliants publicitaires).

A 14 heures Jean-Jacques nous a quittés et nous avons repris le cours du voyage. Alors que nous rejoignions le chenal du fleuve, j'ai voulu emprunter le même chemin qu'un hors bord qui remontait. Le bateau a tellement freiné au passage que nous avions cru à l'échouage. Il y a eu plus de peur que de mal car nous venions tout simplement de passer dans des hautes herbes aquatiques. Une fois rendu dans le chenal, j'ai du faire tourner les moteurs en marche arrière pour libérer les herbes des hélices. Nous les voyions remonter à flot au moment de la manœuvre. Pendant ce parcours qui nous a conduit à la marina de Morrisburg (Crysler/Marina), nous avons franchi deux grosses écluses et cette fois américaines : Snell (14m) et Eisenhower (12m). A notre arrivée vers 20H, nous avons appelé Nathalie et Olivier à Miquelon. Nous étions toujours au Canada à Morrisburg mais la rive opposée était américaine. D'ailleurs à bord du Wickie, en cours de navigation sur le fleuve et ce, depuis les écluses "Beauharnois" Anne-Marie était au Canada et moi aux Etats Unis.

Dans cette première partie vous avez vécu le voyage par rapport à l'agenda. Je n'ai pas insisté sur la vie à bord. En fait il ne s'y passait rien d'extraordinaire puisque nous nous entendions très bien. En tout cas vous avez pu vous rendre compte qu'il y avait beaucoup de navigation donc peu de temps pour le reste. Je soulignerais tout de même que le confort du bateau nous permettait de nous doucher tous les jours; qu'à l'arrêt dans les marinas, Anne-Marie s'affairait à laver du linge. Nous faisions également provision d'eau. En ce qui concerne le repassage du linge qui en avait besoin, Anne-Marie utilisait les couchettes. Le linge était bien plié et placé sous les matelas. Le reste du boulot c'est nous qui le faisions en dormant. Le rangement à bord était bien fait mais la place étant restreinte, il nous fallait parfois déplacer un ou deux sacs pour atteindre celui qui contenait le vêtement désiré. Cela nous énervait quelquefois. Depuis le début du voyage nous ressentions des émotions fortes et spontanées, de bonheur et d'agacements mais l'essentiel quotidien restait la concentration sur le parcours. Anne-Marie participait activement à l'aventure s'occupant de la logistique de vie à bord, des comptes mais s'intéressait également à la navigation. Du fait que nous nous déplacions quasi quotidiennement la préoccupation majeure était de franchir des miles nautiques en toute sécurité. Notre attention, borné à cette idée de progression, nous amenait à consulter les ouvrages nautiques régulièrement pour mieux suivre le parcours. En dehors de cela, nous ressentions parfois l'étroitesse du bateau en particulier lors d'avitaillement. Ceci tout simplement parce que tout se stockait pratiquement au même endroit c'est-à-dire dans ce petit espace situé en dessous de la timonerie.

Nous avions franchi 7 écluses avec celle de Québec mais ce n'était rien par rapport à toutes celles qui nous attendaient avant d'atteindre New York.

 

A SUIVRE : 5ème épisode -      MORRISBURG - NEWYORK

 



 
Par Claude-Anne-68 - Publié dans : VOYAGES
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 6 février 2009 5 06 /02 /Fév /2009 15:32

 





-Port Daniel (Gaspésie) – Québec-

 



La traversée de la Baie de Chaleurs n'a duré que deux heures et demie et c'est vers 17H40 que nous sommes arrivés en face de "Port Daniel", petit port où j'étais déjà venu avec le "PINTA"  qui avait pris livraison d'un chargement de bois.
Quelque chose me chagrinait en scrutant la côte. Je ne voyais pas de quai. Et pourtant, j'étais sûr d'être venu ici et que le cargo avait accosté à un quai. Nous nous sommes approchés du fond d'une anse où il nous semblait distinguer un petit quai. Perplexe, j'ai poursuivi ma course quand tout-à-coup nous aperçûmes un filet de pêcheur, non balisé,  qui flottait en  travers du chenal. Stupéfié, nous n'avons pas pris le risque de nous aventurer dans cette zone dangereuse. La décision fut alors de poursuivre notre route.
En consultant la carte j'avais localisé la prochaine escale à savoir : l'anse aux Gascons.
Nous y sommes arrivés vers 19 heures. Nous avons accosté un chalutier et nous nous y sommes amarrés. Quelques minutes plus tard, deux hommes sont venus. Ils faisaient une tournée d'inspection de routine sur les chalutiers (ils étaient deux accouplés)qui étaient désarmés. Nous avons discuté avec eux et ils ont abordé les difficultés de la pêche  qui amènent à cette situation catastrophique qui est l'arrêt des chalutiers lorsqu'ils ont pêché leur quota de poisson.
J'ai  profité de leur poser la question  au sujet du quai de Port Daniel. Nous avons alors appris que le quai de Port Daniel avait pris feu il y a quelques années en même temps que la scierie et n'avait jamais été reconstruit. L'un des deux marins, le plus jeune, ne s'en souvenait même plus. Par contre, le plus âgé, avait connu ce drame et même un précédent car deux scieries étaient passées par le feu à cet endroit. Cela représentait, nous dit-il, une catastrophe économique grave pour la région d'autant que l'industrie du bois y était florissante. Ce témoignage m'avait confirmé l'existence d'un quai public à Port Daniel. Lorsque nous leur avons parlé des filets de pêche à l'entrée du bourg ils nous ont dit qu'ils devaient s'agir d'une affaire de braconniers. L'accés au port de plaisance de Port Daniel est assez difficile pour les bateaux de passage. La discussion s'est ensuite poursuivie avec des anecdotes concernant le trafic d'alcool de nos marins qui fréquentaient la région sur des cargos de l'Archipel dans les années 1970. Nos contrebandiers(certains membres d'équipages des cargos) avaient apparamment plus d'un tour dans leurs sacs et leur intelligence faisait bien l'affaire des consommateurs de la localité.
Le lendemain 9 août à 9h45: nous avons quitté l'anse aux Gascons. Destination -
Percé- Malbay.
 La première traversée, jusqu'à Percé, s'est effectuée sur une mer calme et un temps très ensoleillé Cette atmosphère particulièrement agréable nous a permis d'admirer la côte et ses petits ports comme NEWPORT, CHANDLER, LA POINTE AU MAQUEREAU et le CAP BLANC de PERCÉ. Avant de faire route sur PERCÉ j'ai fait un peu de pêche et j'ai pris deux beaux maquereaux. Le menu du souper était donc tout trouvé.

LE CAP BLANC /Autrefois rattachée à la terre ferme, cette gigantesque muraille de roc fait 438 m de long et 88 m de haut. C'est un banc de calcaire, formé au fond des mers il y a des millions d'années et qui renferme un nombre incalculable de fossiles. A une certaine époque le rocher aurait été percé de quatre trous formant autant d'arcades. Il subsiste de l'une de ces arcades, effondrée en 1845, un pilier, l'Obélisque. Il ne reste, par ailleurs, qu'une seule arcade, haute de 30 m.Au bas de la colline, est érigée l'église STE-ANNE qui surplombe le port de PERCÉ.

 

Sur la route pour PERCE et à tribord, se trouvait l'île Bonaventure qui est un refuge pour les fous de Bassan ou Margas comme on les appelle chez nous.

Marga : fou de bassan (Morus bassanus). En vieux français :Margault, employé par Jacques Cartier, synonyme de vorace (Mots et expression de St-Pierre et Miquelon par Marc Derible)


Ces oiseaux nous ont survolés pendant notre trajet. En été, il y en a quelque 50 000 qui nichent sur les surplombs et dans les anfractuosités des hautes parois de 90 m qui forment la façade Est de l'île. Ce sanctuaire abriterait la plus importante colonie de fous de Bassan d'Amérique du Nord.
D'autres oiseaux de mer, mouettes, marmettes, macareux, godes, guillemots, cormorans et goélands, y nichent également. Notre visite au port de Percé a été courte mais appréciée.

Nous serions bien restés la nuit mais le vent de N.E. et la houle nous ont obligés à quitter le quai pour rallier un port plus abrité en l'occurrence MALBAY situé à 7 miles de là. Nous y avons passé une bonne nuit malgré le mouvement des embarcations qui sont parties en pêche vers 3 heures .10Août 1993. Destination - MALBAY - GASPÉ. Nous avons pris le petit déjeuner vers 8H en compagnie de jeunes mouettes tridactyles qui lançaient de temps en temps leur cri particulier un « Kitti-ouèk » ce cri qui a donné à l'espèce le nom anglais de « Kittiwake ». Leur présence égayait l'atmosphère car le temps était couvert, orageux.. Par moment le soleil perçait les nuages mais la mer s'agitait. Nous avons quitté le quai à 10H15. La traversée s'est faite sans enthousiasme mais l'arrivée a été plus ensoleillée. 12H15 nous sommes arrivés à la Marina de GASPÉ, appontement n° 91. 13H30 : lavage du linge à la buanderie. Dans l'après-midi averses de pluie et de grêle; c'était surprenant tellement les grêlons étaient gros. Nous sommes tout de même allés nous balader en ville dès la fin de l'averse pour visiter à commencer par le Centre commercial sur la Place Jacques Cartier. Après un petit repas au "restaurant de la Place Cartier" nous avons poursuivi la visite de commerces artisanaux et d'une partie de la ville. Des banderoles accrochées dans la ville nous rappelait l'organisation ici, au début du mois d août dernier, des Jeux du Québec. Nous avons passés trois jours à GASPÉ par un temps pluvieux et orageux avec des températures de 16 à 22°. Ce séjour nous a permis de visiter la Cathédrale du Christ-Roi dont la construction avait commencé en 1934 et s'était achevé en 1969. Elle est l'œuvre de l'architecte Gérard Notebaert. Son revêtement extérieur est en cèdre ce qui en fait la seule cathédrale de bois en Amérique du Nord .Quant au Musée, il était fermé, mais dans le parc voisin se trouvait le Monument Jacques Cartier. Il s'agit de six immenses stèles de fonte qui commémore la découverte du Canada par Jacques Cartier et la première rencontre de l'explorateur avec les Amérindiens. Les stèles, en forme de dolmens, sont ornées de bas-reliefs illustrant, d'un côté, l'arrivée de Cartier au Nouveau-Monde et, de l'autre, des extraits de textes rédigés par Cartier et par le père Leclercq. Elles ont été réalisées par Jean-Julien et Gil Bourgault-Legros de SAINT-JEAN-PORT-JOLI. Ce séjour nous a permis aussi d'assurer l'entretien du bateau : lavage à fond, remplacement du tapis de sol de la timonerie. J'ai également profité de continuer à apprendre le fonctionnement du G.P.S. Vendredi 13 août, 10H25 : nous avons quitté GASPÉ pour RIVIÈRE AU RENARD. Le temps était nuageux et brumeux. Les conditions auraient été idéales si le brouillard ne nous avait pas envahi. Après avoir passé la Pointe des Rosiers où se dresse le phare le plus haut du Canada (27,40m) et classé monument historique, je me suis mis à pêcher pendant une heure environ. J'ai pris deux morues et 3 maquereaux. J'ai fait des filets. A 15H30 nous étions amarrés dans la marina de Rivière-au-Renard où se célébrait la fête Western. Après une courte balade nous avons mangé et un peu plus tard" nous sommes allés au centre ville pour suivre le défilé de carosses attelés de chevaux. L'événement assez insolite dans ce défilé c'était la participation de gros camions, bahuts de routiers (il y en avait des chevaux !) .Le terminus se trouvait au Centre Colombiens à quelques kilomètres du centre ville. A cet endroit avaient été installés des stands, un parc de rodéo et un podium où des orchestres locaux devaient animer une soirée dansante. Nous nous y sommes rendus et nous avons participé à la soirée. Le plaisir était au rendez-vous même si le plancher, fait d'un rassemblement de planches de bois à même le sol, n'avait rien d'une vraie piste de danse. Nous avons dansé comme des fous durant près de deux heures au rythme de la "Country Music".C'était assez "folklorique" de nous voir surtout que je dansais avec mon sac à dos dans lequel j'avais mis mon caméscope. Nous nous sommes couchés à 1H30 après avoir fait une marche de 3/4 d'heure pour regagner le bateau. Samedi 14 août, 7H30 , petit déjeuner et ensuite préparation du trajet avec consultation des instructions nautiques dans lesquelles se trouvaient une photo du port de St-Maxime-de-Mont-Louis. Un peu plus tard nous avons discuté un moment avec l'équipage du voilier "Allegro".10H30 Nous avons appelé St-Pierre et Miquelon. Après le repas et après avoir pris du fuel nous avons quitté Rivière-au-Renard pour Mont-Louis. Le temps était variable, le ciel couvert et des bancs de brouillard faisaient des apparitions sporadiques.La navigation par ce temps nous a privés du décor de la côte qui était supposé être beau (falaises etc.).Elle s'était faite aux instruments jusqu'au quai de Mont-Louis. Nous n'avons vu le duc d'Elbe, qui prolonge le quai public, qu'une fois le nez du bateau dessus: il était 19H. Ce quai un peu haut, nous a amenés à rechercher une place plus à l'ouest c'est-à-dire au quai des pêcheurs bien mieux adaptés pour notre Wickie. Nous sommes donc passés d'un quai à l'autre et dans une "purée de pois".Arrivés au quai des pêcheurs à 19H30, nous nous sommes amarrés à un long liner terre neuvien qui se trouvait là, en escale technique. 1/2 heure après l'accostage, le brouillard commençait à se dissiper. C'est alors qu'à notre grand étonnement nous aperçûmes une masse noire qui se dégageait devant nous, si proche qu'elle semblait nous tomber dessus. Le fond brumeux, sombre à cause du crépuscule, accentuait l'effet impressionnant que produisait cette colline située juste en face du port. Un peu plus à notre gauche, nous apercevions le village et une belle église qui surplombait une petite plage située dans le fond de l'anse. Dimanche 15 août : 8H00, petit déjeuner puis nous avons conversé un petit moment avec l'équipage du long liner qui s'apprêtait à partir. Nous avons ensuite manœuvré pour lui permettre de sortir. 11H nous avons assisté à la messe dominicale à l'église St-Maxime-de-Mont-Louis (Maxime, notre petit fils, commence à nous suivre) animée par une superbe chorale composée de 4 membres. Après un bon repas nous avons largué les amarres pour reprendre la route en direction de St-Anne-des-Monts. Par ce beau temps ensoleillé, nous avons pu apercevoir : rivière-à-Claude, Marsoui, Ste-Marthe de Gaspé, St-Joachim de Tourelle. La tour rouge aperçue était le phare de Marsoui. Nous sommes arrivés à destination après deux heures et demi de route. Heureusement que nous n'avons pas eu de brouillard parce que le radar est tombé en panne peu de temps après le départ.
Exceptionnellement le souper s'est passé au restaurant puisque jour de fête d'Anne-Marie; à Ste-Anne le jour de la Ste-Anne cela justifiait un repas mais au "Prolétaire" (c'était le nom du restaurant) afin que cela ne nous coûte pas trop cher. Ce fut effectivement le cas et pour un excellent repas. Lundi 16 Août : Temps variable, mer peu agitée. Vent Nord 15-20 nœuds. Température : 16°.
14H Nous avons quitté Ste-Anne pour "les Méchins".La traversée s'est faite sur une mer houleuse mais avec une bonne visibilité. Durant celle-ci nous avons rencontré beaucoup de pêcheurs plaisanciers. Leur méthode de pêche, du fait du fort courant, consiste à s'attacher à une bouée préalablement ancrée. Au cours du trajet nous avons identifié le phare de "CAP CHAT".
16H15, Arrivée sous une pluie torrentielle dans le port de "les Méchins". Ce port est d'une relative importance surtout en raison de la cale sèche gérée par la Compagnie "Verreault" qui effectue des réparations navales en tous genres sur des navires d'un tonnage moyen. Actuellement un navire brise-glace de la Garde Côtière canadienne se trouve au chantier. Le quai public a été construit pour gros bateaux mais il existe un quai bien plus adapté pour les petits bateaux de pêche. Nous nous y sommes amarrés à un » palangrier » pour passer la nuit à l'endroit le plus abrité du quai. Un  pêcheur du coin nous a appris qu'il y avait des st-pierrais qui habitaient ici.
En effet Paul, un de ces st-pierrais est venu nous saluer après le souper. Nous avons pris un café ensemble tout en discutant des compatriotes de la région et de notre voyage. Il nous a fait visiter la petite commune en voiture et nous avons profité de faire quelques achats. Ensuite, après nous avoir déposés au bateau, il nous a fixé rendez-vous pour le lendemain. Mardi 17 août : Dans la nuit la pluie était tombée à torrents et la matinée s'annonçait pluvieuse et brumeuse. Comme convenu, Paul est venu nous chercher et il nous a promenés. Nous avons vu les propriétés des quatre autres saint-pierrais vivant dans cette agréable petite commune. Il nous a ensuite invités à prendre un casse-croûte chez lui. A 13 heures nous étions de retour au bateau. C'est à 14H que nous avons quitté "les Méchins" encore dans une brume épaisse. La mer était calme. Paul s'est déplacé au bout du quai pour nous saluer. La visibilité se situait à environ 5 miles. En cours de route elle s'était encore réduite allant par moment à 0. Sans radar et de surcroît sous la pluie il nous a fallu doubler de vigilance. A l'approche de MATANE, la brume s'était un peu dissipée et la visibilité s'était étendue à environ 3 miles, distance suffisante pour nous permettre de repérer le chenal entre les deux quais (nouveau et vieux quais publics) .Ceux-ci nous indiquaient l'entrée de la marina. A.17H nous étions à la marina de Matane. Après avoir accompli les formalités auprès du responsable de la marina, nous sommes aller visiter le Centre ville. Au retour nous avons emprunté "la promenade des capitaines" circuit pour piétons qui longe la rivière. On peut y découvrir, grâce aux plaques commémoratives, une partie de l'histoire de certains capitaines qui ont bravé sur leurs navires, les difficultés et même les tempêtes pour le développement économique de MATANE.
Mercredi 18 août : ciel couvert avec périodes ensoleillées. Température : 18°.Dès la première heure de la matinée j'ai appelé un radariste. Il est venu à 10H et il a regardé l'appareil. Il l'a ensuite emporté avec lui pour effectuer des contrôles plus approfondies pour la réparation. Quelques minutes plus tard c'est la mère de Brigitte (une amie québécoise qui travaille à St-Pierre) qui est venu nous rendre visite. Après avoir fait connaissance elle emmène Anne-Marie faire quelques courses. Vers 11H00 le radariste est revenu m'annoncer que la réparation exigerait beaucoup de temps d'autant que les pièces de rechange étaient à commander aux Etats Unis ou au Japon et qu'elles coûteraient chers. La question du remplacement s'est posé et cela nous a demandé un temps de réflexion. Vers 12H00, Marina et Anne-Marie étaient de retour. Marina nous a invités au restaurant. Nous sommes partis tous les trois à "inter-rives" restaurant réputé de MATANE, avec vue sur le fleuve St Laurent. Nous avons profité de cette agréable ambiance pour prendre notre décision concernant le radar.
14H30 : nouvelle visite du radariste à qui nous avons confirmé le remplacement du radar. L'affaire était conclue et la mise en place programmée pour le lendemain matin. Il était 16H00. Marina est revenue nous chercher pour nous faire visiter MATANE. Elle nous a amenés à la passe migratoire aux saumons, au parc public, au collège où Brigitte a effectué ses études ainsi qu'à l'église catholique. A l'intérieur de cette église, d'un style architectural moderne, les bancs classiques ont été remplacés par des chaises. Dans la soirée Marina nous a présenté son mari Norbert et nous a amenés chez Line la soeur de Brigitte. Accueil chaleureux de Line et ses jumelles Marie-Pierr et Marie-Philippe. Nous y sommes restés une bonne heure et ensuite nous avons fini la soirée par un repas dans une brasserie. Le café a été pris à bord du « Wickie » .La journée suivante était ensoleillée, sans vent et une température de 25° .Dès le début de la matinée, j'ai débranché et enlevé les fils du radar à changer. Pendant ce temps, Anne-Marie a fait du ménage et du rangement pour ensuite partir faire quelques courses. Le technicien qui est arrivé avec le radar, a entrepris l'installation. A midi le travail était bien avancé. Après le dîner il a poursuivi la pose et à 14H45, le radar était en place. Nous sommes sortis avec le bateau pour faire les réglages. A 16H30 tout était réglé et nous étions prêts pour le départ. Nous avons donc quitté MATANE pour RIMOUSKI. Nous avons navigué à l'estime à cause d'un problème avec le GPS. A 20h30 nous étions à 25 miles de RIMOUSKI et la nuit tombait. Fatiguée, Anne-Marie a souhaité que l'on se dirige dans le petit port de Ste-Luce (Anse aux coques). Il n'y avait aucun balisage à l'entrée du port et sur les instructions nautiques il y était mentionné que le port s'asséchait à marée basse. Je ne tenais donc pas à prendre de risque. Nous avons alors jeté l'ancre à 1/4 de mile de Ste-Luce. La profondeur était de 4m, le vent du secteur Sud-Ouest 20 nœuds. Le bateau bougeait pas mal mais il tenait bien sur l'ancre. Nous avons mangé et Anne-Marie est allée se reposer quelques heures afin d'assurer une relève dans la veille de nuit.
Pendant cette veille, j'ai à nouveau vérifié et réinitialisé le GPS qui s'est remis à fonctionner normalement. Vendredi 20 août - Vent fort de Sud-Ouest. Temps nuageux, température 16°.5H30 : petit déjeuner. 5H50 : nous nous sommes dirigés au quai de Ste-Luce. Nous sommes à la mi-marée mais nous avions besoin de fuel. Il était tôt, les petites rues étaient désertes. Ste-Luce est une petite commune de quelques centaines d'habitants. Vers 6H15 nous avons rencontré un habitant qui nous a informés que pour la fourniture du fuel nous devions appeler à Mont-Joli ou à Rimouski.
Impossible donc de rester à quai et d'attendre plus longtemps en raison de la marée. Alors nous avons repris la route en direction de RIMOUSKI, mais à petite vitesse (5 et 6 nœuds) pour économiser le fuel. 
8H15 : nous sommes arrivés à la marina. Ouf! Après contrôle de  la jauge, j'ai constaté que nous étions sur la réserve; il était donc temps d'arriver. Nous nous sommes installés à quai sur instructions par VHF du directeur de la marina. Celui-ci se trouvait sur l'appontement à notre arrivée. C'était un basque français établi au Canada; un homme bien sympathique. Il nous a fait remplir les papiers de location de la place à quai et nous a remis les clés de la porte d'entrée et des douches de la marina. Nous avons donc pris une bonne douche et le petit déjeuner . Ensuite nous sommes allés dans un commerce de matériel de navigation « le navigateur ». Nous y avons acheté des filtres, une extension d'antenne etc.

 

 

 

 

  "RIMOUSKI (Bas Saint-Laurent). Construite sur les bords du Saint-Laurent, la ville industrielle s'est développée en hémicycle à l'embouchure de la rivière Rimouski. La région était autrefois une vaste forêt qui servait de territoire de chasse aux Micmacs. Ce territoire fut concédé en 1688 et en 1694, il fut acquis par René Lepage, négociant français, qui vint s'établir dans la seigneurie deux ans plus tard."Rimouski" est un mot micmac qui signifie "la terre de l'orignal" . Voir "HISTOIRE DE RIMOUSKI par le nom de ses rues" de Richard SAINDON ".


A 13h nos amis, Thérèse (correspondante de la mère d'Anne-Marie depuis près de 30 ans) et son mari Fernand, sont venus nous chercher.

Arrivés à leur domicile nous avons trouvé une table bien mise pour le repas. Au centre se trouvait un gâteau de bienvenue sur lequel nous pouvions lire l'inscription "Bonne anniversaire de mariage Anne-Marie et Claude". Cela nous a beaucoup émus. Avant de nous installer à table, à notre tour nous avons offert des petites pâtisseries de conception artisanale qui provenait de notre l'archipel. Dehors il pleuvait des cordes ce qui rendait l'ambiance intérieure encore plus confortable. Cela changeait de l'espace réduit du "Wickie". Nous avons passé l'après-midi avec Thérèse et Fernand à parler de Saint-Pierre, de la famille mais aussi du voyage que nous entreprenions. Nous sommes restés jusqu'au souper et une fois le repas terminé, nos amis sont venus nous conduire au bateau vers 21 heures. Nous nous sommes couchés car nous ressentions le contre coup de la nuit précédente au mouillage qui avait été fatigante. Samedi 21 août : Temps ensoleillé, vent d'Ouest 20 nœuds. Température matinale : 15°. Après le petit-déjeuner j'ai fait le nettoyage du bateau. A l'entrée de la marina il y avait de l'animation. Beaucoup de gens s'étaient regroupés autour d'un stand de vente de matériel et d'ouvrages de navigation. Nous y sommes allés par curiosité et pour côtoyer les marins plaisanciers présents. La première personne rencontrée n'était pas un marin mais un pilote d'hélicoptère de Chicoutimi. Il se trouvait à Rimouski pour une démonstration de vol. Entre les uns et les autres nous avons échangé des conversations ayant trait à la navigation et des attraits touristiques de différentes régions. Claude, le pilote, nous a surtout vanté les atouts de la région Chicoutimi-Lac St-Jean. Il nous a conseillé de nous arrêter à TADOUSSAC pour en faire la visite. Après le dîner, Fernand et Thérèse sont venus nous prendre pour passer le reste de la journée avec eux.
 

Ainsi nous avons visité un peu les environs et nous avons soupé chez eux. Nous avons évoqué 1972, cette année où Thérèse et la mère d'Anne-Marie se sont rencontrées pour la première fois. Ma belle-mère avait débuté cette correspondance en 1969. Thérèse avait écrit à la mairie pour rechercher une correspondante à Saint-Pierre. Comme j'y travaillais et sachant que ma belle-mère correspondait beaucoup, je lui avais remis ce courrier. Depuis une fidèle correspondance s'était établie. Thérèse est une belle femme blonde aux traits fins ; quelques jolies rides se forment sur son visage. Très coquette Thérèse a conservé une allure alerte et dynamique. Passionnée d'histoire et de géographie, elle adore aussi les langues. Septuagénaire elle s'adonne encore à l'apprentissage de l'espagnol. Thérèse ne néglige pas sa culture et soigne son aspect physique. Elle pratique le golf en compagnie de son cher mari. Elle a une belle écriture et rédige ses lettres d'un style jovial, agréable à lire. Elle est généreuse; j'adore cette femme. Fernand, son mari, est un homme grand, élégant, à la retraite du service judiciaire depuis une dizaine d'années. Il est plus fragile que sa femme à cause d'une maladie cardiaque qui l'affecte énormément. Il est obligé de suivre un régime alimentaire draconien. Un peu adossé, l'air fatigué, Fernand tente, malgré tout, de suivre le rythme de Thérèse. Ce n'est pas le genre au sourire permanent mais il est très affable. Nous l'aimons et nous l'appelons "tonton Fernand". Sa maladie donne du souci à Thérèse qui l'encadre avec beaucoup d'amour et de tendresse. Thérèse et Fernand nous ont amenés chez leur fils Richard, ce fils qui avait 12 ans lorsqu'il est venu à Saint-Pierre. Il était déjà ouvert et avant-gardiste. Je me souviens : il m'avait offert un livre qui comptait parmi ses lectures préférées. Il s'agissait " des soucoupes volantes". Je comprenais facilement qu'il se soit orienté dans le milieu journalistique (il est journaliste à Radio Canada). Richard est marié à Sylvie qui travaille dans le même domaine que lui et ils ont un petit garçon Etienne âgé de 3 ans1/2. Richard et Sylvie sont des gens sympathiques et serviables. Etienne, petit garçon adorable, parle correctement ce qui le rend très intéressant. Il nous a fait une démonstration de ses capacités de mémorisation en nous nommant un par un ses animaux historiques de collection (dinosaures etc.). Des animaux qui font l'admiration de tous les enfants en ce moment. Ce petit garçon fait preuve d'un excellent potentiel. Les parents de Sylvie sont propriétaires de terrains de golf. Agriculteurs, ils se sont reconvertis dans le loisir en aménageant leurs terrains. Ils y ont créé des aires d'apprentissage et de pratique du golf, sport devenu très populaire dans la région. Sylvie et Richard nous ont sortis pour une visite guidée à la campagne. Ils nous ont amenés dans une maison de leur oncle : une villa d'une structure ronde. C'était un ancien phare. Elle se situe sur le bord du fleuve St-Laurent, à un endroit bien abrité et où il est possible de profiter également d'une petite plage. L'oncle qui y habite a décoré modestement son intérieur avec aux murs certaines de ses propres peintures. Il fréquente l'endroit, durant son temps libre, pour admirer les paysages et peindre. Après avoir quitté l'oncle nous sommes allés aux terrains de golf. Arrivés au bureau central, où se trouvaient un petit commerce de matériel et le service administratif, nous avons pu observer le site sur plans. Les propriétaires qui sont les parents de Sylvie ont pris le temps de nous expliquer l'évolution du projet. Ils avaient transformé leurs pâturages en terrains de golf à la suite des difficultés d'exploitation due à la crise dans l'agriculture. Cette reconversion leur avait permis de trouver une activité nouvelle qui se révélait rentable. Le golf était devenu si populaire qu'ils ont eu l'agréable surprise de profiter de son impact économique et social. Pierre, le frère de Sylvie qui s'était joint à nous, nous a annoncé qu'en plus de la gérance des terrains de golf il gérait aussi un Bowling en ville. Il nous a conviés à venir le visiter le lendemain matin. Nous nous sommes séparés après avoir dégusté une bonne bière ensemble. A 18h30 nous avons mangé chez Thérèse et Fernand où nous avons pu suivre un match de Hockey à la télévision. A la fin du match, ils nous ont ramenés au "Wickie". En nous rendant au bateau nous avons croisé un couple qui semblait s'intéresser au bateau. Ils nous ont abordés en se présentant et en nous démontrant un intérêt au sujet du voyage. Nous les avons donc invités à monter à bord. Nous nous sommes mis à discuter à bâtons rompus sur le voyage. Hermel et Louise nous paraissaient très curieux jusqu'à ce qu'ils nous annoncent qu'eux-mêmes avaient un bateau du même type que le nôtre. Ils venaient de l'acheter à un bon prix auprès d'une société d'assurance. Hermel a entrepris sa restauration car il était en mauvais état. Leur but était de réaliser un long voyage dans un proche avenir. Nous avons ainsi, mieux compris leur grande curiosité. A 1 heure du matin ils nous ont quittés et nous ont invités pour le lendemain à leur domicile. Lorsqu'ils nous ont donné leur adresse nous avons constaté qu'ils habitaient près de chez Thérèse et Fernand.
Dimanche 22 août : Temps ensoleillé, vent d'ouest 15 nœuds. Messe à 9H45 et ensuite repas chez Thérèse et Fernand. A 13H30 nous nous rendons chez Louise et Hermel. Nous avons trouvé Hermel au travail sur son bateau. C'était un beau bateau de marque "bayliner" de 30 pieds en fibre de verre mais qui avait beaucoup souffert. Bien du travail restait à faire avant qu'il ne soit en état de naviguer. Enfin, Hermel semblait courageux et décidé à faire ce travail sans relâche, pendant son temps libre. Après cette visite nous sommes allés faire du shopping. A 16H30 Richard, Sylvie et Etienne sont venus sur le "Wickie". En embarquant ils nous ont fait des compliments sur le bateau.
 Etienne, leur fils s'est bien vite installé à la barre. Et pour qu'il ait la réelle impression de conduire j'ai mis les moteurs en marche. Heureux, Etienne s'y croyait vraiment. Ses parents ont pris une photo souvenir. Lorsqu'ils nous ont quittés nous sommes sortis en mer pour une petite balade d'une demi-heure avec Thérèse et Fernand. Cela leur a plu d'autant que nous avons pu faire le tour d'un navire militaire (dernier croiseur canadien sorti des chantiers et en période d'essai) à l'ancre à l'entrée du port.
A 18 heures nous avons mangé au restaurant "Le riverain", invité par Richard. Après un succulent repas partagé avec la famille de Richard, celui-ci nous a amenés à la station de radio, son lieu de travail. Il nous a guidés. La visite terminée il nous a proposé de prendre un digestif chez lui et c'est à 22 heures 30 que Thérèse et Fernand nous ont ramenés au bateau. Cette journée a été d'autant plus belle que toute la famille de Saint-Pierre et Miquelon nous avait joint par téléphone. Lundi 23 août : Vent Sud-Ouest fort (35 nds), température fraîche mais temps ensoleillé. Mer agitée. 7H00 - petit déjeuner et ensuite préparation du bateau pour le départ. Visite des moteurs et contrôles de routine ; puis traçage de la route sur la carte et enregistrement des coordonnées géographiques dans le G.P.S. 9H nous avons fait connaissance d'un propriétaire de bateau qui avait effectué, à partir de Rimouski, le voyage que nous entreprenions .Nous avons pris un café ensemble et il nous a décrit le parcours du voyage qu'il avait effectué jusqu'en Floride en passant par la rivière Richelieu et le Lac Champlain. Il nous a donné des conseils sur des zones de mouillage aux environ du port de New York et sur quelques voies navigables de Floride en particulier pour la traversée de la péninsule, d'ouest en Est, en passant par le lac OKEECHOBEE. J'ai pris des notes et je l'ai remercié. Nous l'avons quitté pour prendre du fuel. Les réservoirs remplis je me suis mis à nettoyer les filtres. Thérèse et Fernand se trouvaient sur le quai pour notre départ. Ils étaient montés à bord pour nous remettre un petit cadeau et pour nous souhaiter un bon voyage en nous démontrant beaucoup d'affection.
13H45 nous avons quitté la marina de Rimouski pour les Escoumins. Thérèse et Fernand, le mouchoir à la main, pleuraient. Nous étions également très émus mais malgré tout réconfortés du fait que nous avions décidé de rester en contact téléphonique durant le voyage. Nous avons quitté le Bas-Saint-Laurent.


Voici quelques éléments historiques sur LA GASPESIE ET LE BAS-SAINT-LAURENT.LA GASPESIE : La Gaspésie appartient à la formation rocheuse des Appalaches, vieille de 600 millions d'années. Les premiers blancs à fréquenter cette région de la côte est atlantique furent les Vikings aux alentours de l'an mil de notre ère. Plus tard, vinrent des pêcheurs basques, normands et bretons qui fréquentaient déjà les bancs de Terre Neuve. En 1534, Jacques Cartier, venu de Saint-Malo en Bretagne, explore la "Baye de Chaleur" et jette l'ancre, le 16 juillet à "Hunguedo"(Gaspé). Il y érigera, en présence de quelques trois cents Amérindiens, une grande croix marquant la prise de possession de ce territoire au nom du Roi de France. En 1603, Samuel de Champlain parcourt la péninsule de Gaspé qu'il appelle alors "Gachepe", nom dérivé de "Gespeg" qui signifie "fin des terres" dans la langue Micmacs. Progressivement, des pêcheurs français pour la plupart, établirent des postes, tels Pabos et Barachois. Bientôt, deux seigneuries furent concédées, Pabos et Grande-Rivière, qui compteront quatre-vingts maisons et deux cents âmes vers 1730. Mais, en 1758, les flottes militaires anglaises anéantirent tout, de Pabos à Gaspé et de Forillon à Matane, refoulant les habitants dans les bois. Cependant, les survivants revinrent et rebâtirent les postes. Plusieurs familles acadiennes vinrent ensuite s'établir parmi eux sur les terrasses fertiles de Carleton et Bonaventure. Puis, ce furent les Loyalistes américains que la Couronne installa à grands frais à New Richmond, New Carlisle, Port Daniel et Douglaston. On vit plus tard arriver d'anciens militaires écossais, des commerçants jersiais et, pour compléter cette mosaïque de langues et de cultures, des naufragés irlandais. L'économie de la région repose alors sur l'exploitation systématique de la mer où prolifèrent : hareng, capelan, maquereau, morue, saumon, homard et thon. Pendant longtemps, le bateau sera le seul moyen de communication entre les villages côtiers et le monde extérieur. Les premières routes, dont le "Chemin de Matane" reliant Matane à Saint-Anne-des-Monts, firent leur apparition en 1858. Il fallut attendre 1876 pour que le chemin de fer se rende à Matapédia et 1916 pour qu'il atteigne Gaspé. Ces améliorations favorisèrent l'exploitation forestière et l'établissement d'industries papetières à Chandler et à New Richmond et provoquèrent une saignée des populations ouvrières qui voulurent trouver ailleurs leur gagne-pain. En revanche, le climat marin et le paysage unique de la Gaspésie devinrent accessibles au tourisme. L'achèvement en 1929 du boulevard Perron qui contourne la péninsule, fît naître une véritable institution : le "Tour de la Gaspésie", qui jusqu'à aujourd'hui n'a rien perdu de son pittoresque et de sa saveur. LE BAS-SAINT-LAURENT : En remontant le fleuve, on accède à une région tout aussi attrayante et riche d'histoire que la Gaspésie; il s'agit du Bas-Saint-Laurent. Il se trouve là des manoirs seigneuriaux, à Rivière-Ouelle, à Kamouraska ou à Rivière-du-Loup, qui sont des localités tricentenaires dont les vieilles maisons parlent encore de la Nouvelle France. Le fleuve a toujours été la principale ressource du Bas-Saint-Laurent. Avant même la venue des Blancs, les Amérindiens installaient leurs campements d'été près de Cacouna, attirés par l'abondance du poisson et du petit gibier. Aussi, très tôt, les colons s'intéressèrent-ils aux ressources naturelles de la région. Rivière-Ouelle, par exemple, fut pendant plus de deux siècles, le haut lieu de la chasse au marsouin, appelée "Grande pêche" pour la distinguer sans doute de la pêche aux "petits poissons" : saumon, esturgeon, éperlan, sardine, loche. On cessa en 1935 de poursuivre les "vaches marines" à cause de la rareté de l'espèce. Il en fut de même pour le saumon, alors les habitants se mirent à pêcher l'anguille. Cette activité donna de bons rendements surtout entre 1950 et 1970. Il est par ailleurs reconnu que les gens d'ici ont toujours su se distinguer par leur esprit novateur qui se traduit à travers maintes réalisations dont le J.A.L.* est peut-être le plus bel exemple.


1/4 d'heure après notre départ de Rimouski nous étions dans la passe du BIC et la mer était assez forte. Nous affrontions de grosses lames de temps à autre. Nous tanguions sérieusement et les lames s'écrasaient sur l'étrave qui refoulait de grosses gerbes d'eau. Les creux s'intensifiaient. Le toit étant légèrement ouvert, je décidai de le fermer. A cet instant et malgré que j'avais ralenti, une mauvaise lame a frappé le bateau et nous a projetés un paquet de mer sur le toit. C'était la douche fraîche pour tous les deux; heureusement que le toit n'était qu'entr'ouvert. Il n' y avait de l'eau que sur le tableau de bord et dans la cuisine; ce n'était rien d'inquiétant. De plus en plus bousculés, nous avons poursuivi notre route. Nous ne faisions plus que 5 à 6 nœuds quand tout-à-coup, après un sérieux saut sur la lame, nous entendîmes un bruit de débris qui tombaient. Je constatai qu'il s'agissait du support de l'essuie-glace qui s'était brisé. J'ai immédiatement fermé l'interrupteur. Heureusement, malgré cet incident, je pouvais continuer la navigation au radar. Au fur et à mesure qu'on avançait la mer semblait se calmer mais nous étions toujours bien arrosés ce qui réduisait la visibilité. Anne-Marie supportait bien la situation malgré que bien des affaires se trouvaient bringuebalant dans le bateau. Cela a duré environ quarante minutes. Elles nous ont paru longues. Cette petite confrontation passée, j'ai pu accélérer les moteurs. Nous reprenions ainsi notre vitesse de croisière, 11,5 nœuds. Le reste de la traversée a été plus confortable et c'est à 18H15 que nous sommes arrivés aux Escoumins. Elver, le grand gaillard danois rencontré à Port-aux-Basques, se trouvait sur le quai et il nous a indiqué de continuer notre route plus haut vers l'ouest pour atteindre la station de pilotage qui se trouvait à l'Anse aux Basques. Le contrôle du trafic sur le fleuve à partir de cette station s'effectue à l'aide d'un puissant radar français d'une portée de 40 miles nautiques.
 



18H35 nous avons accosté à un petit quai, juste derrière les bateaux-pilotes. Elver s'était servi de ses relations pour nous offrir une part de quai; les places étant restreintes. Une fois le "Wickie" bien amarré, Elver et son fils Erik nous ont accueillis et nous ont invités à leur domicile situé à quelques 500 mètres de là. Arrivés chez Elver nous avons découvert sa belle propriété. Une grande maison élevée sur deux étages avec atelier attenant, le tout parallèle à la route. Au dessus de l'atelier se trouvait une véranda avec une porte-fenêtre donnant dans la salle à manger, avec vue sur le fleuve. Lorsque nous sommes rentrés dans la maison, accompagnés d'Elver, nous avons été reçus par Reine Marguerite, son épouse et par Kathleen, pensionnaire et amie de la famille. Pendant que les femmes sympathisaient, Elver et Eric m'ont offert l'apéritif et nous nous nous sommes mis à discuter à bâton rompu du voyage depuis Port-aux-Basques. Ils m'ont appris qu'ils avaient fait route directe sur Matane mais avec beaucoup de problèmes mécaniques. Ensuite, Anne-Marie s'était jointe à nous et nous avons abordé l'arrivée de Elver, danois d'origine, sur le territoire canadien. A notre question "comment es-tu arrivé ici Elver" il nous a répondu -"à la nage"-. Nous aurions pu croire à une plaisanterie mais cela n'en était pas une. Elver naviguait sur un navire cargo-mixte danois qui transportait du bétail. Le 13 novembre 1968 alors qu'il se rendait à Québec le cargo a touché des récifs sur la rive nord, près des Escoumins. La coque a été déchirée et les voies d'eau, abondantes ont déstabilisé le bateau. Il s'est d'abord couché sur le côté et a fini par sombrer. Le cargo transportait 400 bêtes (des vaches) qui périrent toutes dans les cales. L'équipage, dont Elver, a survécu en ralliant la côte à la nage. Tous d'origine danoise, ces valeureux marins sont repartis dans leur pays à l'exception d' Elver qui avait connu pendant le séjour une jeune et belle québécoise : Reine-Marguerite. Ils se sont mariés l'année suivante. Ils ont eu deux enfants : Erik et Christian qui ont maintenant 20 et 22 ans .Elver nous a montré les photos du cargo. Il était de construction récente et d'une capacité de 10 000 tonnes. Elver se souvenait qu'ils effectuaient parfois, en plus du transport de fret, celui de passagers surtout dans sa région. Ce sympathique danois-canadien nous a révélé, par son visage marqué par l'effort et son regard vif et doux, sa vaillance et sa bonté. C'est un grand bonhomme (1,90m), solide, mais qui semble usé. Il nous a évoqué son cheminement dans le monde du travail. Mécanicien, tourneur, électricien il sait tout faire puisqu'il a également construit sa maison. Il a cependant connu ses plus grosses difficultés lorsqu'il a créé sa propre entreprise de transporteur routier et de réparations mécaniques automobiles dans les années 80. Il a fait faillite et il a du s'accrocher pour redresser la situation. Il s'était mis à travailler à son propre compte une seconde fois mais dans le domaine dépannage en tous genres et dans la vente de pièces détachées. C'est ce qu'il fait encore aujourd'hui.
Pour nous distraire un peu, Elver s'est absenté un petit moment pour revenir coiffé de son casque "Viking". Éclat de rire général dans le salon à la grande joie d'Elver qui nous a remémoré ce qu'il nous avait dit à Port-aux-Basques à savoir : "nous irons voir ensemble les "sauvages" (en parlant des indiens) et je leur dirai, avec ma tête à cornes, que nous étions les premiers conquérants de ce territoire". Il nous a expliqué qu'il n'y avait là, rien de péjoratif. C'était sa manière de communiquer avec les autochtones qui ne s'en offusquaient pas.

 Nous avons poursuivi la discussion à table autour d'un bon repas (soupe de fruits de mer et steak sur poêle) préparé par Reine-Marguerite assisté d'Elver qui s'est bien impliqué dans le service et la cuisine. Pendant ce temps Erik nous parlait de son engagement dans le milieu maritime. Il a effectué plusieurs stages sur différentes flottes depuis qu'il a terminé ses études en mécanique diesel. Au cours de cette discussion il nous a appris qu'il venait d'être engagé pour quelques mois sur un cargo canadien qui prenait actuellement un chargement au Brésil. Il devait, le lendemain, regagner Montréal pour prendre l'avion qui l'amènerait à Rio de Janeiro, port où s'effectuerait son embarquement. Son père devait donc le conduire à 8 heures à l'aéroport de Mirabel à Montréal. Comme cela représentait 8 à 9 heures de route pour l'aller-retour, Elver ne pourrait donc pas s'occuper de nous, comme prévu et il s'en excusa. Nous avions prévu quitter les Escoumins dans la journée du 25, mais en raison de ce changement de programme, Elver nous a demandé de prolonger notre arrêt d'une journée. Nous avons accepté avec plaisir. Le repas terminé, Elver nous a ramenés au "Wickie"; il était 23H50, l'heure de se coucher.

Mardi 24 août :
vent sud-ouest 10-15 nds, temps nuageux et orageux. Averses de pluie. J'ai complété le livre de bord et l'agenda puis j'ai écrit des cartes postales. Après le repas nous sommes allés chez Elver, invités la veille par Reine qui désirait nous faire visiter le village des Escoumins. Avant de nous conduire au commerce faire nos achats, Reine est passée par la réserve indienne "d'Issipit" qui jouxte le village. Nous avons ainsi pu constater qu'il s'agissait en réalité d'une petite commune aux maisons superbes. Vers 17H00 Reine nous ramène au bateau et nous l'invitons à prendre une tasse de thé. Après son départ je me suis mis à effectuer quelques réparations (rétablissement de l'éclairage de la salle de bain, enlèvement de l'essuie-glace cassé, fixation et branchement du Loch).La journée s'est achevée par une partie de scrabble. Mercredi 25 août: Temps superbe, ensoleillé, température maxi. 25°.Après le petit déjeuner, je suis allé chez Elver avec mon support d'essuie-glace en aluminium pour le faire souder par un de ses amis.

Vers 18H Elver appelle son ami soudeur et il apprend que la réparation n'était pas terminée. Un peu plus tard nous nous sommes installés sur la terrasse où nous avons savouré un apéritif spectacle. Nous pouvions observer le passage d'énormes cargos qui s'approchaient très près de la côte pour prendre le pilote ; ce regard sur le fleuve permettait à Elver d'avoir connaissance d'une grande partie du trafic. D'ailleurs et depuis son déménagement (en 1985), il possède un poste de radio VHF qui est ouvert en permanence dans l'atelier. Par nostalgie me dit-il, j'aime avoir ce contact qui me laisse toujours l'impression d'être sur un bateau. De plus, poursuit-il, cela me permet, parfois, d'intervenir pour réparer diverses avaries sur des navires en attente du pilote. A l'anse-aux-Basques il existe un centre de surveillance radar qui opère avec un énorme radar de fabrication française et qui couvre un rayon de 32 miles. Toujours sur la terrasse et pour nous combler de joie (nous sommes également ici dans la zone d'observation des baleines) nous apercevions de grandes gerbes d'eau qui s'échappaient du fleuve, donnant, par moment, avec la poussée du vent, des images de voiles blanches. Beaucoup de petites embarcations style "Zodiac" avec 4 ou 5 personnes à leurs bords s'attroupaient autour de ces jets d'eau. Ces gens étaient là, en fait, pour observer ces énormes cétacés qui font la réputation touristique de la région. Les baleines et les bélugas attirent de nombreux touristes tant d'Amérique que d'Europe. Des petites compagnies privées se sont spécialisées dans les tours-opérateurs ayant pour thème l'observation des baleines. La plus grosse de ces entreprises, nous dit Elver, se trouve à TADOUSSAC et il s'agit de celle des "DUFOUR".Nous avions apprécié cet agréable moment en raison de la bonne température et du temps calme. Avant de manger nous sommes allés récupérer l'essuie-glace. Au retour nous nous sommes mis à table pour savourer les T-bone steak qu'Elver avait cuit sur le barbecue pendant que nous prenions l'apéritif. Alors que nous retournions au bateau Elver se décidait, parce qu'il nous l'avait promis, de nous emmener dans le village indien ISSIPIT. Par contre, il s'est excusé de ne pas se coiffer du casque Viking comme promis à Port-aux-Basques. Cependant il nous garantissait de l'étonnement à la découverte du bar du village. Et c'est ce qui se produisit lorsque nous sommes arrivés devant un complexe, bar, discothèque, piscine et salle de sport. C'était donc ici le centre de loisirs des autochtones.
Nous avons quitté l'Anse aux Basques pour TADOUSSAC, le lendemain vers 13 heures. Il faisait très beau et nous naviguions à une vitesse de  7nds pour apprécier la balade. A quelques miles de TADOUSSAC nous nous sommes approchés des bateaux de croisières "DUFOUR"et des petites embarcations qui tournoyaient cherchant à repérer les baleines. Le vent et le remous des bateaux formaient un clapotis sur la houle qui ballottait le "Wickie". Cela rendait difficile nos tentatives de prises de vues avec la caméra. Les baleines, un peu effrayées peut-être, étaient difficiles à situer et pour cette raison nous avons quitté les lieux pour nous rendre à TADOUSSAC. A l'entrée de ce petit port et sur un rocher dangereux une grosse tour a été érigée ; il s'agit du "Haut fond Prince".L'anse du village se caractérise d'une dune de sable blond fin.
Au fond et sur la gauche du chenal on distingue aisément le grand hôtel DUFOUR au toit rouge. Le port se trouve encaissé à l'intérieur d'une anse le séparant de l'embouchure de la baie du Saguenay. A l'entrée de TADOUSSAC nous découvrons une plage qui s'étend sur plusieurs kilomètres au bord de la côte face au port. L'aspect de la côte Nord, lorsque nous arrivons à la seconde bouée représente des voiles de sable. Nous sommes arrivés à 17H00 dans cette jolie petite marina pouvant accueillir une cinquantaine d'embarcations.
Au quai public se trouve une ancienne goélette du nom de "Mary Clarisse". Elle navigue toujours mais uniquement pour effectuer des croisières dans la baie du Saguenay. Nous avons appris qu'elle avait été classée monument historique par le gouvernement canadien et qu'elle était gérée par les "DUFOUR". Il y avait également deux bateaux à passagers où il était inscrit sur la coque "croisières DUFOUR", bateaux servant surtout en ce moment à l'observation des baleines.

Cette construction en bois est le musée des indiens. 

"TADOUSSAC: TADOUSSAC occupe un superbe site de dunes et de falaises, sur la rive nord du Saint-Laurent, à l'embouchure du Saguenay. Son nom vient du Montagnais tatou ska (monticules) qui évoque les deux collines du secteur ouest du village. Bien avant que Jacques Cartier n'y jette l'ancre, en 1535, l'endroit était déjà un lieu d'échanges. En 1660, Pierre Chauvin érigea à cet endroit le premier poste de traite de fourrures du Canada. Peu après, les Jésuites y établirent une mission. En 1603, dès son premier voyage, Samuel de Champlain s'arrêta à TADOUSSAC et l'endroit devint un port de relâche fréquenté par tous les vaisseaux venus d'outre-Atlantique. Pris en 1628 par les frères Kirke, aventuriers britanniques, TADOUSSAC retourna bientôt aux mains des Français et fut un comptoir de fourrures jusqu'en 1839.La construction du moulin à scie au milieu du 19e siècle favorisa ensuite l'établissement de la première population permanente. L'avènement du bateau à vapeur en 1853 se révéla à son tour avantageux sur le plan touristique et la jolie ville ne cesse d'attirer les touristes. Ils viennent de plus en plus nombreux pour admirer les baleines qui, chaque année, fréquentent pendant quelques mois les eaux riches en plancton de l'embouchure du Saguenay. "



Nous sommes sortis du bateau pour aller visiter cette petite commune touristique où l'on a découvert de nombreux commerces d'artisanat divers et en particulier indien. Elver, qui apparemment a apprécié notre compagnie, est revenu nous voir après le souper. Il faut dire que TADOUSSAC n'était qu'à vingt minutes en voiture de l'Anse-aux-Basques. Il nous a quittés vers 22H30, satisfait d'avoir à nouveau discuté un moment avec nous.

Vendredi 27 août,: Temps superbe ensoleillé, vent faible températures : 20-28° . Après le petit déjeuner, j'ai entrepris quelques menus travaux et ensuite nous avons quitté TADOUSSAC pour le fjord du Saguenay.

Belle balade en passant par le quai du Sacré cœur et l'anse de St-Jean où nous nous sommes arrêtés pour manger. Nous avons profité pour acheter du pain local. Nous avons ensuite poursuivi notre route jusqu'à la Pointe Trinité, là où se trouve Notre Dame du Saguenay.






 

"Cap Trinité - A 11 km de Rivière Éternité. Le cap Trinité, dont la hauteur atteint 518 m, doit son nom aux trois corniches qui le composent. Il se distingue par l'impressionnante statue de la Vierge, perchée au sommet de la première corniche, à environ 180 m au dessus des eaux noires du Saguenay. La statue est connue sous le nom de Notre Dame du Saguenay. Elle fut sculptée en 1881 par Louis Jobin à la demande d'un homme d'affaires, Charles Napoléon Robitaille, qui avait promis à la Vierge de lui rendre honneur, car il avait échappé par deux fois à la mort. Jobin sculpta cette statue, de plus de 8m de haut, à partir de trois énormes blocs de pin qu'il couvrit ensuite d'un revêtement de plomb. L'installation de ces 3 175 kgs de bois et de métal ne fut pas une épreuve facile. Après de nombreuses tentatives elle fut démontée et acheminée en morceaux jusqu'en haut de la corniche.  

 

Après l'observation de Notre Dame du Saguenay nous avons fait demi tour pour rejoindre TADOUSSAC. Le vent s'était renforci mais rien d'inquiétant, sauf en ce qui concerne la réserve de fuel qui était limite. J'ai dû ainsi ralentir pour modifier l'assiette du bateau et tenir les réservoirs à l'horizontal afin d'arriver jusqu'à bon port.17H30 nous avons fait le plein de fuel. Nous avons ensuite mangé et écrit des cartes postales. Le lendemain nous avons fait une tentative de départ mais à 6 miles de TADOUSSAC nous avons dû rebrousser chemin à cause de la grosse mer. Annoncée la veille, la dépression passait sur la région et agitait le fleuve déjà perturbé par le courant. Les lames venaient dans tous les sens, c'était impressionnant. Dimanche 29 août Vent N.O. 15-20 nds, Température 18°. 9H30 : nous avons appelé Nathalie pour donner de nos nouvelles avant de quitter TADOUSSAC. La météo était bonne, le fleuve s'était bien apaisé donc de bonnes conditions pour partir. Vers 16 heures nous passions l'Ile-aux-Coudres. 1/2 heure plus tard, avec le vent et le courant le fleuve a été plus agité et jusqu'à St-François (Île d'Orléans) la traversée a été pénible. En plus des problèmes de courant et de vent nous avons subi également les vagues du sillage de gros navires tels que pétroliers et paquebots qui naviguaient sur le fleuve. Durant ce parcours nous étions véritablement dans une "cocotte minute en ébullition"; c'était vraiment inconfortable. Cela s'est poursuivi jusqu'à 20H00, heure où nous sommes arrivés au quai de St-François à l'Ile d'Orléans. Dans le bateau tout était sans dessus dessous.20H30, la nuit tombait et nous étions toujours sur le fleuve car il était impossible de rester au quai de St-François, la seule partie libre étant trop exposée sur la voie navigable. On risquait d'abîmer le bateau contre le quai . Nous avions la possibilité de rentrer à la Marina de St-Michel mais il était noté sur les instructions nautiques que l'accès y était dangereux à mer basse et nous étions justement à mer basse et de surcroît la nuit. J'ai donc décidé de poursuivre la route. Anne-Marie commençait à s'énerver, la fatigue aidant. Nous ne connaissions pas cette région alors la tension montait à bord. Cependant j'ai poursuivi la route à petite vitesse en me repérant comme il se doit au balisage. Comme nous n'étions pas prévus aller si loin il m'a fallu lire les instructions nautiques et consulter la carte sur une table trop petite dans cette circonstance particulière. Anne-Marie contrariée et pas rassurée, ne voulait pas prendre la barre. Cela rendait ma tâche plus difficile. Cependant et malgré le mauvais éclairage j'ai réussi à noter les coordonnées géographiques du bassin Louise, marina située en plein Vieux Québec. Je les ai enregistrées sur le GPS. Il y avait de la circulation sur le fleuve . Ainsi je continuais à guider "Wickie", qui se chargeait de stress et d'anxiété, vers la première grande ville de notre voyage. L'atmosphère s'était un peu plus alourdie lorsque qu'Anne-Marie a appris en même temps que moi à la VHF qu'il y avait une écluse à passer pour entrer dans le bassin Louise.
22H35 - J'avertissais l'opérateur de l'écluse que nous arrivions. A l'entrée nous avons trouvé les portes ouvertes; l'écluse était prête à nous accueillir. Lorsque nous avons aperçu les pontons flottants, cela nous a rassurés pour l'opération d'éclusage. Nous n'avons eu qu'à attacher le bateau au ponton qui coulissait, lors du sassement, le long du mur latéral sur de grosses poutres en métal. Un bateau à passagers "St-Maxime" se trouvait au quai juste à l'entrée de l'écluse. On s'était dit " tiens! Maxime nous suit encore..." 22H50 : Arrivée à la marina de Québec. J'étais fatigué, Anne-Marie épuisée. Heureusement nous avons été bien accueillis. Les formalités administratives effectuées et la place à quai désignée, nous nous sommes tout de suite installés et sans plus attendre nous avons plongé dans la couchette.

 

Lundi 30 août: Temps ensoleillé, vent ouest 10 nds. Température 23° maximale .Au petit déjeuner nous avons discuté de la journée de la veille et de notre entrée à Québec. Préoccupés par la navigation et surtout trop fatigués nous n'avons pas pu apprécier comme il se doit le spectacle qui s'offrait à nous. Vu du fleuve la nuit, le panorama est grandiose en particulier grâce au Château Frontenac qui, illuminé met en valeur son toit vert dans la confusion des lumières scintillantes qui l'entourent.











Nous constatons que nos soucis n'avaient pas annihilé ce décor.

Ensuite nous nous sommes mis au nettoyage du bateau. Anne-Marie faisait l'intérieur, moi l'extérieur. L'après-midi, nous avons appelé Eric J., le jeune homme rencontré à Port-aux-Basques avant de partir visiter la ville de Québec à pieds. Visite passionnante malgré qu'il s'agisse d'un retour après vingt ans. Notre petite révolte de la veille nous a inspirés pour prendre un rafraîchissant au restaurant "La Bastille".Il y faisait bon. Au retour, sur la place du Marché, située près de la marina, nous avons acheté notre pain. Après une petite collation nous sommes partis nous détendre dans la piscine de la marina. Vive les vacances! En fin de journée Eric J. nous a rendu visite avec son copain Sylvain. Ceux-ci nous ont entraînés dans la ville. Au cours de la visite nous avons mangé sur la Grande Allée au restaurant " le petit coin breton" spécialité, devinez ? ........crêpes, bien sûr. Ensuite et pour la digestion ce fut la bonne marche toujours sur la Grande Allée. Eric nous guidait et nous a amenés devant les monuments historiques de la ville :- l'Hôtel du Parlement : le plan de l'édifice fut confié en 1875 à Eugène-Ètienne Taché. Le bâtiment forme un quadrilatère autour d'une cour intérieure. La façade présente un tableau historique avec les grandes figures de l'histoire nationale. Le restaurant parlementaire de style Beaux-Arts (1917) est une somptueuse salle à manger ouverte au public.- Le manège militaire de style Château, - la Chapelle du Bon Pasteur, construite en 1866 par Charles Baillairgé.

La soirée partagée avec ces deux jeunes gens a été agréable. Eric était fier de ce rendez-vous puisqu'il répondait à l'accueil que nous lui avions réservé à Port-aux-Basques. Il nous a ramenés au bateau vers minuit.
Mardi 31 août : Temps couvert, orageux, averses de pluie. Nous avons appelé St-Pierre pour souhaiter un joyeux anniversaire à grand-mère qui avait fêté ses 82 ans la veille. Ensuite j'ai appelé la marina de Longueuil à Montréal pour réserver une place à quai. Après le repas, vers 14H30 : nous sommes partis avec Eric chercher du matériel pour le bateau dans un commerce d'accastillage. Nous y avons découvert qu'il y avait également un service de réparations en tous genres. J'ai profité de solliciter les services d'un mécanicien pour contrôler un problème d'injecteur sur le moteur gauche. Un rendez-vous a été pris pour le lendemain 9H00.Dans un autre commerce d'accastillage nous avons acheté un chauffage à alcool. De retour au bateau une pluie diluvienne et un violent orage ont occasionné une brutale coupure d'électricité laissant dans le noir tout le centre ville. Au même moment il y a eu des accidents de voitures sur les routes selon radio Québec. Pendant ce temps nous écrivions des cartes postales .19H30 : repas et ensuite partie de scrabble jusqu'à 23H00 heures du coucher.
Mercredi 1er septembre : beau temps, ensoleillé température +20°. Le mécanicien était à bord vers 9 heures. Il a inspecté et jugé qu'il fallait démonter tous les injecteurs du moteur gauche. Au démontage il a constaté une défectuosité au niveau des cylindres de cuivre dans lesquels se glissent les injecteurs et qui les isolent du circuit de liquide de refroidissement. A la suite de ce constat le mécanicien m'a suggéré de remplacer les six injecteurs. Et c'est de là qu'ont commencé nos ennuis car le fournisseur ne possédait pas les pièces de rechange sur place. Une commande a du être faite en Virginie (États Unis). Lorsqu'elle est arrivée une semaine plus tard, il a fallu attendre 5 jours supplémentaires à cause des joints qui avaient été omis dans l'emballage de la commande. Ainsi au lieu des 5 jours prévus à Québec, nous avons été contraints d'y rester 17 . J'en ai profité pour faire quelques travaux sur le bateau (nettoyage, polissage, peinture, installation d'un mât d'antenne pour le GPS, mise en place d'une hampe de pavillon etc. etc.).
Les premiers jours nous avons pu profiter un peu de la piscine de la marina mais les jours suivants le temps, plutôt pluvieux avait modifié les températures. L'attente était devenue un peu plus contraignante. Ce séjour forcé nous aura permis de faire d'agréables rencontres : - Eric J. nous a présenté sa sympathique famille. Nous y sommes allés manger le soir du 1er septembre- Léger et Louise, propriétaires d'un bateau à moteur "le caprice" nous ont invités un soir au restaurant "la ribouldingue" et nous ont offert une bouteille de vin de leur fabrication. Ils nous ont prêté des cartes du fleuve pour la partie "Mille Iles" de la région de l'Ontario jusqu'à Kingston.-
Henri propriétaire d'un petit voilier amarré à la marina nous a fourni un chargeur parce qu'en fin de séjour la charge des batteries s'affaiblissait. Il était impossible de les charger en utilisant les moteurs car le peu de fuel qui sortait de l'échappement polluait le bassin. Quant à mon chargeur il s'alimentait en 220 volts. Henri nous a également proposé une voiture. Nous l'avons utilisée une journée, juste avant le départ. Cette solidarité démontre la générosité des québécois qui ont le sens de l'hospitalité.
Nous avons pu aussi rendre visite à nos cousins qui sont établis au Québec : Jacqueline propriétaire de l'hôtel "Le Château Léry" et Georges, propriétaire de la poissonnerie "chez Jean-Pierre". L'accueil a, effectivement été très familial, ce qui nous a permis de nous rassembler à trois reprises autour d'un copieux souper offert à tour de rôle, en commençant par Georges, ensuite chez nous sur le Wickie et enfin chez Jacqueline, la veille du départ. Nous nous souviendrons de ces agréables moments. La beauté de Québec, toutes ces rencontres en plus de nos communications avec la famille et les amis à St-Pierre, nous ont bien aidés surtout dans les quelques périodes de cafard. Heureusement pour nous, nous étions très bien placés dans le bassin Louise car tout était accessible à faible distance : le Centre commercial, la boulangerie, le téléphone publique, la poste. En réalité nous nous trouvions quasiment en plein centre-ville.

Le samedi 4 septembre, nous avons assisté à la célébration d'une messe en hommage à Sœur Dina Bélanger*, déclarée Bienheureuse. Au cours de cette célébration, une peinture illustrant Sœur Bélanger au service des déshérités, a été dévoilée.

 

*SOEUR DINA BELANGER ACCÈDE AU TITRE DE BIENHEUREUSE (TITRE DE L'ALMANACH MODERNE 1994, page 429)le 20 mars 1993 Jean-Paul II a procédé à la béatification de sœur Marie Sainte-Cécile de Rome de la communauté des religieuses Jésus-Marie du Québec. (Dina Bélanger a pris le nom de soeur Marie Sainte-Cécile de Rome lorsqu'elle a été admise dans la communauté des religieuses de Jésus-Marie). Née Dina Bélanger, elle a vécu dans l'ombre ne s'étant fait remarquer par aucune action d'éclat ni aucun geste visible. Et c'est avec réticence et à son corps défendant qu'elle a obéi à l'ordre de sa supérieure qui lui demandait d'écrire son autobiographie dans les dernières semaines de sa vie. Fille d'Octave Bélanger et de Marie-Séraphia Matte, Dina Bélanger est née le 30 avril 1897 dans la paroisse de Saint-Roch de Québec. Après des études primaires et secondaires au couvent Saint-Roch et à l'école Jacques-Cartier, deux institutions tenues par les religieuses de la congrégation de Notre Dame, Dina a poursuivi des études au couvent Bellevue à Québec En 1914, elle demande pour la première fois à ses parents d'entrer au noviciat. En 1916, elle part pour New York pour poursuivre des études en musique au Conservatoire. De retour à Québec, de 21 à 24 ans, elle donne des concerts dont les bénéfices sont versés à des oeuvres de charité. C'est le 11 août 1920 qu'elle est finalement reçue comme postulante au couvent des religieuses de Jésus-Marie à Sillery. Elle prend l'habit le 15 février 1922 et prononce sa profession perpétuelle le 15 août 1928. En septembre 1923, la religieuse est assignée au couvent de Saint-Michel de Bellechasse où elle est professeur de musique. A trois reprises, elle est forcée par la maladie d'interrompre son enseignement. Atteinte de tuberculose, elle meurt à l'âge de 32 ans, le 4 septembre 1929.SUR LA VOIE DE LA SAINTETÉ. EN 1935, à la demande de la supérieure générale des religieuses de Jésus-Marie, le cardinal Villeneuve, archevêque de Québec, a inscrit le procès informatif de Mère Marie Sainte-Cécile de Rome, le premier jalon vers la béatification. Le miracle qui lui est attribué par les autorités ecclésiastiques et qui a servi dans la cause de béatification s'est produit le 4 septembre 1939, dix ans jour pour jour après sa mort.Le miraculé, un Acadien de Lamèque, André Judes Chiasson, a été guéri après une neuvaine de ses parents à Sœur Bélanger. L'enfant souffrait d'hydrocéphalie, une maladie considérée comme mortelle qui est marquée par la présence d'une quantité anormalement élevée d'eau dans le cerveau. L'enfant était alors âgé de six mois lorsque la guérison inattendue s'est produite. C'est le 13 mai 1989 que Sœur Dina Bélanger a été proclamée vénérable à la suite de la publication d'un décret autorisé par le pape Jean-Paul II. Avant d'être déclaré saint, un candidat doit d'abord être déclaré vénérable, puis bienheureux..

 

Nous avons consacré beaucoup de temps aux visites touristiques, Québec et sa région possèdent tant de sites attractifs. La location d'une voiture pour le week-end des 11 et 12 septembre nous a permis de nous balader dans les agglomérations avoisinantes.   Au cours de la balade nous sommes passés par Sainte Anne-de-Beaupré. Après avoir assisté à la messe dominicale en français à la Basilique, nous avons poursuivi la route en direction de l'île d'Orléans en passant par la chute de Montmorency et du Mont Sainte-Anne. Nous avons découvert sur l'île un circuit pittoresque et des beaux panoramas. Sans aucun doute, ce week end a été très intéressant. 


                                                                                                                           



Dans la soirée du 13 Florence, Georges et Jacqueline sont venus manger avec nous à bord du Wickie. Anne-Marie avait concocté un bon repas que nous avons du savourer à l'intérieur à cause de la température.Le 14 nous avons partagé la soirée avec notre ami Henri qui s'était présenté pour nous inviter. mercredi 15 septembre : 9H30 : nous avons pris la voiture d'Henri et nous sommes partis chercher nos visas au consulat des Etats-Unis. Après une longue attente au consulat à cause des formalités administratives, nous avons du retourner au bateau chercher des photos d'identité puis nous procurer des dollars américains pour le paiement. Nos visas dans la poche et sur le chemin du retour, nous avons profité d'aller poster un colis pour notre petit-fils Maxime. Pendant ce temps le mécanicien, tant attendu, était venu pour mettre en place les pièces mécaniques enfin arrivées (14 jours).Un serrage a été nécessaire pour que le travail soit complètement terminé. Imaginez-vous notre joie de voir enfin ce problème résolu! Nous nous sommes rendus chez le fournisseur qui se trouvait à quelques 30 Km de là, pour régler la facture. De retour au bateau nous avons fait le plein de fuel pour le départ.
18H15 : Jacqueline est venue nous chercher pour souper.

 

Avant de partir je suis allé à la marina vérifier le calendrier des marées en vue du départ ; La marée du lendemain matin était montante donc favorable à un courant porteur. Nous avons alors préparé notre départ en nous informant de l'heure de l'ouverture de l'écluse. Le Maître éclusier nous a avisé que nous devions être prêts pour 6H00. Ensuite nous avons réglé la facture de la marina. Le directeur, compte tenu de la contrainte du long séjour, nous a accordé une journée gratuite. Voilà ! Nous étions prêts à quitter Québec. Nous sommes donc partis l'esprit libéré pour passer une bonne soirée chez Jacqueline. Encore une fois nous n'avons pas pu voir Michel son mari, toujours en mer. Par contre nous avons fait connaissance avec l'un de leurs fils Patrick (24 ans), l'autre étant à New York. Georges et Florence étaient venus participer au repas dans cette superbe maison de Michel et Jacqueline.

 

 

 

Prochain épisode :      QUEBEC - MONTREAL - MORRISBURG

Par Claude-Anne-68 - Publié dans : VOYAGES
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 1 février 2009 7 01 /02 /Fév /2009 18:36





-Port-aux-Basques – Iles-de-la-Madeleine (Québec)- Caraquet(Nouveau Brunswick)-


                             

1er Août, 5H15, après le petit déjeuner j'ai pris contact avec la station radio “Port-aux-Basques traffic” pour les aviser que nous souhaitions quitter le port à 6 heures.
Le temps était pluvieux et le brouillard très épais. A la sortie du port nous avons salué l'équipage du “Kimberley Christine” qui s'apprêtait lui aussi à quitter. La sortie fut délicate en raison de la brume et de la pluie diluvienne. A 2 miles de “Port-aux-Basques head” la station nous indiquait toujours une voie libre et nous demandait de rappeler à 1 mile de la sortie de la zone de trafic. La mer était belle et le temps commençait à se dégager. Dès notre sortie de la zone nous avons fait cap au 310- direction : Iles-de-la-Madeleine.
J'ai communiqué avec le “Kimberley Christine” qui m'annonçait un cap un peu plus ouest parce qu'ils avaient décidé de faire route directe vers Matane en passant entre l'Ile du Prince Edouard et les Iles de la Madeleine.
Anne-Marie et moi nous nous sommes organisés pour le quart de barre. J'ai repris contact avec le “Kimberley Christine”1/2 h plus tard mais la communication était devenue presque inaudible alors nous nous sommes souhaités tous deux une “Bonne route”.
2 heures après avoir quitté Port-aux-Basques, nous nous trouvions à 47°31'N et à 59°30' O et notre vitesse de croisière était  de 8,5 nœuds. Le temps s'étant bien éclairci , j'ai profité de noter les coordonnées géographiques des bouées d'entrée du port de Grande Entrée aux Iles-de-la Madeleine et je les ai mémorisées dans le GPS. La navigation était agréable; bercé par la forte houle, le “Wickie”se laissait pousser par ses deux moteurs. Les Turbos, en diffusant leur petit sifflement, me laissaient, un court instant, l'impression d'être dans un avion mais le claquement de la mer sur la coque me remettait très vite dans la réalité sur le moyen de transport. A 8H02  nous entrions dans la zone de trafic de l'entrée du fleuve Saint-Laurent. Nous entamions donc la traversée des zones réglementées pour la circulation des gros navires. Nous traversions donc des voies prioritaires. La houle devenait un peu plus forte et le vent fraîchissait au Nord-Est. Le “Wickie” continuait malgré tout à foncer en déchirant la mer,  laissant derrière lui un sillage mousseux. 14H00, cela faisait 8 heures que nous naviguions; nous nous trouvions à 19 miles de la terre. L'état de la mer se maintenait, le vent avait tombé; par contre, nous sommes entrés à nouveau dans un épais brouillard.
A 8 miles de la côte, je commençais à scruter l'écran du radar en effectuant différents réglages pour essayer de distinguer une partie des Iles .J'apercevais une petite masse en haut de l'écran. Je contrôlais donc la progression de l'écho jusqu'à ce que je puisse identifier l'île de la “Grande Entrée”.A 16 heures nous étions à la bouée rouge des “Colombines”. Nous avancions à petite vitesse, Anne-Marie étant sur l'avant du bateau à veiller. L'entrée devenait délicate. Nous ne voyions toujours rien mais il nous semblait entendre des bruits de voitures. Ceci  nous confirmait que nous étions très près du port. Je me rapprochais donc un peu plus de la bouée tribord  que je distinguais parfaitement au radar et tout-à-coup, à travers le brouillard, nous aperçûmes une masse noire et un bout de quai. Anne-Marie me dit “ on dirait un chalutier ici (me le montrant du doigt) en avant sur la droite “. C'était donc bien cette masse que j'entrevoyais.
J'engageais alors les moteurs en avant et l'image se dessinait de mieux en mieux. Nous identifions l'entrée du port. Arrivés dans le port nous avons constaté que nous avions franchi la barrière de brouillard. Il faisait beau à Grande Entrée et nous avons découvert de nombreux longs liners (bateau de pêche au crabe, au homard etc.) aux couleurs vives, le blanc de la coque dominant. Le quai du frigorifique était occupé par un vieux chalutier et dans le Havre protégé d'une digue il n'y avait plus de  place a quai.
Un pêcheur qui se baladait sur la digue nous a indiqué que nous pouvions  attacher le “Wickie” à un long liner. Nous étions bien arrivés et il faisait soleil, quelle joie! Nous avons pris une petite collation tout en contemplant le village et la côte. Sa partie basse située au niveau de la mer était ensablée donc de couleur blanchâtre et une couche de grès rouge s'interposait entre ce sable et la verdure qui surplombait cette côte. Au delà  se détachaient les maisons construites en bois d'un style “classique canadien” et peintes aux couleurs claires. Ce paysage agréable, très coloré, nous a détendus. Quelques mouettes et goélands circulaient dans les airs et venaient, en planant au dessus du bateau,  observer nos gestes dans l'espoir de voir jeter à la mer quelque déchet à leur goût. Anne-Marie s'est mise alors à lancer  des morceaux de pain près du bateau.  Ils se sont tout de suite approchés en nous abrutissant de leurs cris stridents et aboyants.  Les quelques téméraires, vinrent en rase-mottes, arracher de l'eau cette maigre pitance, les autres se tenaient à distance laissant venir vers eux ce pain trempé qui dérivait au gré de la brise.
Nous avons ensuite quitté le bateau pour nous rendre dans le village et appeler Saint-Pierre. Ma sœur Yolande, la seule que nous ayons pu joindre,  a apprécié de nous savoir rendu à bon port et nous l'avons chargée de communiquer la nouvelle dans l'entourage familial. Nous sommes ensuite retournés au bateau où Anne-Marie s'est mise à préparer le souper que nous avons dégusté à la chandelle. A 22h30 nous étions couchés, fatigués de notre  journée en mer et de la longue marche. Nous sommes restés 4 jours aux Iles.
Dès le deuxième jour nous avons fait connaissance de Jacques un habitant de Grande Entrée.  Jacques nous a conseillés de louer une voiture pour visiter les Iles d'autant que la météo des prochains jours s'annonçaient peu florissante. Il nous a conduit à l'aéroport, lieu de location de voitures.
Sur le chemin nous avons découvert une station de production de sel marin qui se trouvait dans le goulet. Un gros cargo avait franchi l'étroit passage reliant le chenal principal à ce port aménagé spécialement pour le chargement du sel. Cela nous a surpris de voir un si gros bateau naviguer dans ce goulet. Mais Jacques nous a appris que le chenal avait été creusé spécialement pour cela et que chaque année un dragage était nécessaire pour le maintenir navigable. A cette station il y avait d'énormes tas de sel dont un où un gros tuyau suceur y était planté le reliant à la base de la station. Cette station ressemblait, en fait, à une moitié de crabe dont les pattes étaient les conduites d'aspiration latérales  servant au chargement du bateau. Nous avons aussi observé des éoliennes installées à titre expérimental. Arrivés à l'aéroport nous avons loué une petite voiture et le sympathique Jacques nous a quittés, fier de nous avoir rendu service.
Nous sommes partis sur la route pour poursuivre la découverte des lieux. Nous y avons rencontré des gens très avenants mais également des compatriotes qui se trouvaient à Cap-aux-Meules sur leur bateau le “Zeltron”. Rémi et Georges, avec leur famille (les épouses et trois enfants) avaient projeté de se rendre à Montréal. Mais la météo particulièrement capricieuse, avait déjoué leur plan. En effet, la perte de temps accumulé depuis leur départ ne leur procurait plus la possibilité de faire le voyage jusqu'au bout. Ils avaient donc décidé de retourner à Saint-Pierre. Le 4 août nous avons passé un bon moment ensemble: repas du midi à bord du ”Zeltron” et repas du soir sur le “Wickie”.Durant notre séjour la brume et la pluie ont un peu perturbé la visite. Cependant les lieux visités - zones artisanales (Havre Aubert, Cap aux Meules) le port de l'Etang du Nord et son Église - n'avaient nullement besoin de soleil pour être appréciés .





 








    



                                      

 Les ILES-DE-LA-MADELEINE : 14 600 hab. appartiennent à la province de Québec, une des provinces du Canada. Elles se composent de nombreux îlots. L'ensemble en forme de crochet fait 72 Km. Les ancêtres de ses habitants sont des acadiens  arrivés en 1793 après avoir subi de nombreux dérangements à cause des anglais. .Un grand nombre d'entre eux s'étaient établis à Miquelon (dans notre archipel de St-Pierre et Miquelon) et c'est le 12 avril 1793 sous le commandement de leur curé le Père Allain, qui a refusé de prêter le serment constitutionnel, que plusieurs familles acadiennes abandonnent leur île pour rejoindre les Iles-de-la-Madeleine. Ils fondèrent alors la première paroisse au Havre Aubert “Notre Dame-des-Monts”. Cette année, à l'occasion du bicentenaire de la fondation des Iles, un album souvenir a été édité par le Musée de la Mer sous le titre “Deux cents ans d'histoire”; celui-ci retrace l'origine du peuplement des Iles. La principale ressource économique a longtemps  été la pêche aux crustacés (homard, crabes) et à la morue. Le moratoire pour la protection des stocks de poisson, a bien réduit la pêche à la morue. La chasse au phoque, maintenant très limitée, représentait également une activité économique importante dans les Iles. Le besoin de trouver d'autres sources de revenus, a obligé les madeleiniens à s'investir dans la promotion touristique. Grâce à leur volonté et à leur imagination, elle est devenue une industrie en plein essor. En outre, une mine de sel exploitée sur la dune du Nord, contribue à cette diversité économique.


En regardant la carte nous avons pu nous rendre compte qu’effectivement l’ensemble des îles représentaitt une forme d’hameçon mais nous percevions également une similitude avec notre archipel à partir de cette étroite bande de terre ressemblant à un isthme qui rejoignait l’Ile du Cap aux Meules à l’île du Havre Aubert .

Le 5 Août a été la journée des préparatifs de départ :- mémorisation de la route avec l'enregistrement des “Waypoints” dans le G.P.S.,- provision de fuel (401 l)- vérification des moteurs. En fin de journée nous sommes allés marcher sur la dune de sable située près du port et qui aboutissait vers une côte plus rocheuse et entrecoupée de petites criques ensablées. L'érosion créée par la mer sur la côte, nous permettait de distinguer la couche de grès rouge recouverte en surface, d'un gazon bien vert. La mer qui s'éclatait dans ces découpages côtiers  avec un bruit semblable à des coups de canons, propageait une bruine en haut de la falaise. Nous sommes restés un moment à contempler cette petite “tourmente naturelle”  qui agressait la côte avec des rouleaux de mer mousseuse. A 19H30 nous avions regagné le bateau (notre villa flottante) pour manger. Nous nous sommes couchés tôt en prévision de la longue traversée du lendemain.
Vendredi 6 août : 5H40 : départ de Grande Entrée pour Miscou au Nouveau Brunswick. Le vent était Ouest, 15 nœuds,  la mer était belle mais la visibilité nulle à cause du brouillard. Ce brouillard a duré jusqu'à ce que nous atteignions l'extrémité Sud des Iles et plus précisément au “cap du Sud”.
Cette situation nous a fait connaître un moment angoissant lorsque nous avons traversé le chenal d'entrée de Cap aux Meules à proximité de l'île d'Entrée. Alors que nous franchissions le chenal, le ferry Cap-aux-Meules-Charlottetown (île du Prince Edouard) sortait du port. Impossible de le distinguer au radar car l'écho se mêlait à celui de l'île. Nous n'entendions que le sifflet assez sourd, qui au départ, me semblait être un sifflet de bouée. Mais le son s'intensifiait et Anne-Marie, qui observait à l'extérieur, m'a fait remarquer qu'il se rapprochait. Effectivement je l'ai réalisé également et alors je me suis rabattu vers la terre. Je me mettais ainsi en sécurité en m'éloignant du passage en haute mer. Soudain, j'aperçus la masse au radar et j'ai constaté qu'il n'avait nullement l'intention de changer sa route. Cela s'est confirmé par les coups de sifflet à répétition. Heureusement, nous nous étions bien dégagés. Je n''ai pu apercevoir qu'au radar seulement cette grosse masse qui passait à 1/4 de mile derrière nous. Les coups de sifflet et le bruit des machines nous sont parvenus distinctement et ont amplifié notre inquiétude. Nous avons été bien soulagés d'entendre ces sons s'éloigner en même temps que l'écho sur le radar.
Nous avons ensuite repris la route en direction des  bouées de Millerand et cardinale Sud du rocher “le corps mort”. De là nous avons fait route directe vers Miscou. J'ai mis en opération le pilote automatique, le temps de manger. La mer a commencé à s'agiter vers 15 heures mais nous avons pu naviguer dans de bonnes conditions jusqu'à notre arrivée à “PIGEON HILL”  vers 22 heures.
En route, j'avais consulté les instructions nautiques sur la région. J'y avais lu les informations sur le danger d'emprunter le chenal d'entrée, ensablé et mouvant, situé entre l'île Miscou et le continent. J'ai, malgré tout, tenté de me fier au balisage de jour à l'aide du projecteur portable que tenait Anne-Marie située sur l'avant du bateau. Mais la manœuvre devenait de plus en plus  dangereuse au fur et à mesure que nous avancions dans le chenal. La mer était basse, les balises se confondaient dans l'obscurité et le projecteur ne fonctionnait pas au mieux .Pour éviter des avaries inutiles nous avons décidé de faire demi tour et de jeter l'ancre à 1/2 mile de l'entrée. Nous étions au mouillage au Nouveau-Brunswick. 


Le Nouveau Brunswick (Province de l'Est du Canada limitée à l'Ouest par les États Unis (Maine), 73 437km2,  676 250 hab. (1976), Cap.  : Fredericton, ville principales : Saint John, Moncton-Universités à Fredericton (Univ. du Nouveau-Brunswick), Sackville (Mount Allison University), Moncton, Edmunston et Bathurst.Hist. La région fut découverte par J.Cabot (1497) puis J.Cartier (1534) et explorée par Champlain et de Monts (établissement à l'embouchure de la rivière Sainte Croix). Après de vives contestations entre Anglais et Français, les premiers obtinrent la province par le traité d'Utrecht; ils expulsèrent les Acadiens français en 1755. Des colons écossais puis des loyalistes anglais venus des États Unis colonisèrent la province créée en 1784.Le Nouveau Brunswick reçu un gouverneur en 1849, un an après la Nouvelle Ecosse, et rejoignit la fédération canadienne, malgré de vives oppositions, en 1867.

 

Toute la nuit nous avons fait des quarts de veille et  au petit jour, des bateaux de pêche sont sortis en mer. Cela m'a permis de demander à un pêcheur , de retour de pêche, de nous indiquer le chenal d'entrée.
Nous avons levé l'ancre et nous avons suivi la petite embarcation qui nous a guidés jusqu'au quai. C'est alors que nous avons appris qu'à mer basse  il était difficile d'y entrer et d'en sortir, même pour un bateau à faible tirant d'eau comme le nôtre. Comme nous étions à marée de jusant, je me suis empressé de m'approvisionner en fuel (534,8 l). Nous avions décidé de nous rendre à Caraquet. Au cours de cette courte escale  nous avons rencontré un St-Pierrais, Roger, installé à Pigeon-Hill depuis de nombreuses années. Celui-ci nous a invités  à visiter la région et à  faire connaissance avec sa famille. Il a dit qu'il nous récupérerait à Caraquet. Sur cette invitation nous avons quitté le quai et, guidé par un pêcheur, nous avons emprunté le chenal conduisant à la baie des Chaleurs. Avant d'atteindre cette baie nous avons laissé le passage à un bac ferry, tiré par des câbles et qui reliait l'île Miscou au Continent. Ce vieux traversier était appelé à disparaître puisque le gouvernement canadien avait entrepris la construction d'un pont. Après avoir remis en route, nous étions, deux heures plus tard, à la Marina de Caraquet. Celle-ci est bien abritée et se situe près du port de pêche où s'affairaient les marins des chalutiers qui décoraient leurs bateaux pour la célébration de la fête des marins du lendemain dimanche 8 août. Roger nous attendait et nous a rejoint à bord. Il est embarqué avec difficultés à cause d'un handicap aux pieds. Il nous a expliqué que lors d'une grosse tempête de neige il s'était trouvé emprisonné dans sa voiture ensevelie sous la neige. Il avait réussi à s'en tirer presque par miracle et grâce à un des habitants du voisinage à la porte duquel il avait frappé. Cependant ses pieds avaient été en partie gelés. A la suite de cela, lors de son hospitalisation, il nous a raconté avoir vécu d'atroces souffrances. Après une longue rééducation il a fini par marcher, non plus sur des pieds mais sur des moitiés de pieds. Il s'en tirait bien et il pouvait même conduire sa voiture. Son cas nous démontrait les dangers des hivers rigoureux de la région.  Roger nous a  amenés chez lui à Pigeon Hill en nous faisant visiter en cours de route : Saint-Simond, Shippagan, Lamèque, Sainte-Marie-sur-Mer, St-Raphaël-sur-Mer et Cap Bateau. Remarquables petits villages et ports où, malgré les difficultés économiques, chacun semblait s'attacher à la propreté de sa propriété. Ils assuraient ainsi le bon entretien de leur cité. Le style et l'ancienneté des maisons nous procuraient une idée sur les classes sociales des habitants. Arrivés chez Roger nous avons fait connaissance avec son épouse Mari Anna qui nous avait préparé un repas typiquement local : crevettes et crabes des neiges. Nous nous sommes régalés. Ensuite nous avons fait le tour de leur petite propriété, Mari Anna voulant nous montrer son modeste jardin potager (salade, radis et pomme de terre).Yolande, leur fille de 19 ans qui venait juste d'arriver du travail, s'est jointe à nous. Avant de venir nous conduire au bateau, Mari Anna a remis à Anne-Marie un grand pot de bleuets d'une récente cueillette.
 
                              
Au retour nous avons poursuivi la visite de la région. Avant de nous quitter vers 22H30, Roger et Mari Anna ont pris un café à bord, histoire de prolonger la conversation tout en sachant que nous avions peu de chance de nous revoir. En tout cas la journée avait été agréable et avec un petit pincement au cœur nous nous sommes  quittés.
Dimanche 8 août, c'était la FÊTE DES MARINS À CARAQUET. Tout le monde sur le port s'était organisé en préparant des stands de vente de produits divers (T-shirts, fanions, casquettes, jus de fruit, pizzas, hot dogs etc.) pendant que les marins, sur leurs bateaux, poursuivaient leurs décorations. Nous avions rarement vu des bateaux aussi pavoisés et enguirlandés. De notre côté nous avons déplacé le bateau pour prendre de l'eau douce et par la même occasion nous nous sommes installés dans le port de pêche où devait se dérouler la fête. Avant de manger, nous avons appelé Saint-Pierre. A 13 heures, la fête a débuté. Les bateaux, (chalutiers et bateaux de plaisance) se sont mis à manœuvrer pour se diriger dans le chenal du port. D'autres bateaux, venant de l'île de Miscou et des petits ports avoisinants, s'approchaient également pour participer à la cérémonie. Celle-ci a été célébrée par le curé de la paroisse en la présence d'honneur de Madame le Maire de Caraquet. Les problèmes économiques liés à la pêche furent évoqués dans les discours et un moment de méditation, en mémoire des marins disparus, a clôturé la cérémonie officielle. Quelques minutes plus tard, au cours de la bénédiction de la mer, de nombreux bateaux nous ont offert un véritable festival de couleurs avec en sonorisation des coups de sifflets bruyants et discordants. Le soleil brillait et l'agréable température enjolivait la fête. Sur le quai des clowns distrayaient les participants qui exprimaient leur joie de vivre. Certes ces acadiens vivaient pleinement cette fête  qu'ils voudraient voir se perpétuer; mais chaque année, ils constataient la grave dégradation de la pêche professionnelle. D'ailleurs les bateaux de plaisance présents à la fête étaient plus nombreux que les bateaux  de pêche. C'était vraiment un signe évocateur et cela ressemblait beaucoup à ce qui se passe chez nous. Nous partagions cette fête avec bonheur et j'ai pris beaucoup de plaisir à filmer l'ambiance.

         

 











                                                             














Vers 15 heures alors que les gens commençaient à quitter le quai nous avons rejoint le" Wickie” pour préparer notre départ. Juste avant de lacher les amarres un jeune garçon s'est approché de nous et nous a demandé ;” j'pi ti faire un' draïve avec toué ? “. Je lui ai répondu que cela n'était pas possible parce que nous partions de l'autre côté de la baie. Anne-Marie, qui n'avait pas compris m'a interrogé sur ce qu'avait dit ce petit garçon. Je lui ai expliqué qu'il m'avait demandé de venir se balader avec nous dans un langage mélangé de français et d'anglais et en quelque sorte en patois; le chiac (« drive » veut dire promenade en français). C'est ce qu'on appelle de l'anglicisme. Sur cette anecdote nous avons quitté le port à 15H35 pour nous rendre à Port Daniel de l'autre côté de la baie. Dans le chenal de sortie de CARAQUET nous avons failli nous ensabler en voulant emprunter la même voie qu'un hors bord .Heureusement nous allions très doucement et cela nous a permis de reprendre le chenal initial. Nous étions dans “la baie des chaleurs” c'est-à-dire que nous avions quitté le Nouveau-Brunswick pour rentrer en Gaspésie.

 

 

A SUIVRE :       Port Daniel(Gaspésie) - Ville de Québec

Par Claude-Anne-68 - Publié dans : VOYAGES
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 28 janvier 2009 3 28 /01 /Jan /2009 01:21

 

 

 

 

 

 

COÏNCIDENCES ET NOCES D'ARGENT

 

 

 

 

                                   auteur : Claude Siegfriedt

 

 

 

  

 

 


 

Introduction


J'ai connu Anne-Marie en fin d'année 1965. Nous sommes tous deux originaires des Iles Saint-Pierre et Miquelon.On a commencé à se fréquenter en janvier 1966 et nous nous sommes fiançés en avril 1968. 3 mois plus tard, plus pécisément le 27 juillet 1968, nous avons convolé en justes noces.  J'ai été un peu effrayé avant l'événement de peur de ne pas pouvoir assumer cette grave mais belle décision. Je n'avais que 19 ans et demi et Anne-Marie 17 ans et demi. C'est le 20 février 1969 que notre première  fille  Sylvie est née et la seconde, Nathalie a  montré le bout de son nez le 11 avril 1970.
Durant les premiers mois de notre mariage les parents d'Anne-Marie nous ont ouvert leur résidence secondaire à l'anse à Brossard comme premier nid. Ensuite son grand-père maternel, veuf et vivant seul, nous a proposé de nous héberger jusqu'à la  fin de la construction de notre maison entreprise en 1969. Pas complètement terminée mais habitable dès la fin mai 1971 nous avons emménagé dans notre propre maison au début du mois suivant . En réalité, il s'agissait de la deuxième maison puisque la première que mon beau-père (le mari de ma mère) m'avait aidé à construire, avait été détruite le 17 octobre 1970 lors d'une surprenante tornade. La météo avait enregistré des pointes de vent à 200Km/heure (voir article annexe sur le sujet).
Nos 25 années de vie commune furent riches en événements variés, agréables comme désagréables mais notre amour ne s'est jamais altéré. Anne-Marie qui avait cessé de travailler pendant quelques années, le temps d'élever les enfants, a retrouvé un emploi en 1982. De mon côté, je suis rentré sur le marché du travail en 1965 en accomplissant différents métiers dont celui de marin que j'ai quitté en mars 1968. J'ai ensuite travaillé comme garçon-boucher et durant ce temps là Anne-Marie  m'a initié à la dactylographie à l'aide de sa petite machine à écrire portable. Grâce à ces cours mais aussi à mon écriture, je crois, j'ai été reçu à un concours à la mairie de Saint-Pierre en mai 1968 comme préposé à  l'état civil. J'ai eu le statut d'auxiliaire jusqu'en février 1972, date à laquelle j'ai été reçu à un autre concours, cette fois pour  rentrer dans la fonction publique d'état en 1972. La révision du statut des fonctions publiques locales m'a amené à opter pour le cadre communal en 1978. En août 1984 j'ai été, à ma demande, mis à disposition du conseil général pour diriger la patinoire.
Anne-Marie et moi, nous aimons  voyager. Nous sommes allés au Canada, en Métropole, au Mexique et aux Baléares. Et depuis l'été 1971,  nous pratiquons la navigation de plaisance avec une petite embarcation.

 

 doris-de-peche-du-grand-pere-Rebmann.jpgAnne-Marie-en-doris-1.jpg

Claude-a-la-barre--et-les-passagers-arroses.jpg1ere-embarcation-vedette-16--moteur-40cv-1-.jpg 2èmevedette avec 2 moteurs à essence

 neptune OlivierEn 1989, j'ai subi une opération chirurgicale et elle a été très difficile. J'ai fait peur à mon entourage et en particulier à Anne-Marie. Cela a provoqué chez nous deux, une envie de profiter au maximum de la vie. Anne-Marie qui connaissait mon goût, pour la mer et l'aventure, avec l'espoir d'aller dans les baies de Terre Neuve, m'a encouragé à faire un nouvel investissement. Et pourtant notre entourage (certains amis et certains membres de la famille) avait bien tenté de la décourager. Il y avait des réflexions dans le genre " tu sais quand vous aurez vu les baies une fois cela vous comblera et vous ne chercherez surement pas à retourner à la même place tous les ans" - "Le bateau que vous voulez, c'est une vache à l'écurie" - etc... Malgré ces messages de découragements, nous recherchions tout de même un bateau adéquat pour visiter ces baies. Une occasion inespérée, s'est présentée à nous malgré un prix qui nous paraissait inabordable. La vente de notre "Neptune" petite vedette de 6 mètres ne suffisait pas pour réunir la somme nécessaire. Cependant la confiance de notre banquier nous a permis d'effectuer un emprunt bancaire sur 6 ans, pour acheter ce bateau qui était une plus grande vedette de marque AZIMUT, type "cabin cruiser" propulsée par deux moteurs diesel de 200 cv chaque. Elle jauge 13 tonneaux et elle est équipée de deux chambres, d'une cuisine, d'une toilette avec cabinet, lavabo et douche, d'une timonerie combinée avec la salle à manger et d'un toit ouvrant; son nom le "WICKIE". Nous n'avons pas pu retracer l'origine de ce nom mais nous l'avons gardé par superstition ( depuis et grâce à internet nous avons pu retrouver l'origine du nom -voir page de préface). Nous avons pu disposer du bateau dès octobre 1989 ce qui m'a permis d'apprendre à le manoeuvrer avec l'ancien propriétaire, avant l'hiver.

 

 

La première tournée dans les baies de Terre Neuve s'est faite l'année suivante. C'est le 15 juillet 1990 que nous avons quitté Saint-Pierre. J'avais pour équipage mon gendre Jean-Christophe et mon beau-frère Jean-Loïc. Cette première expédition a été éprouvante en raison de la casse des gouvernails aux environs de "Pass Island" un endroit délicat à l'entrée de la baie de l'Hermitage. Par radio l'ex-propriétaire m'a indiqué que je n'avais pas le choix et que je devais  gouverner avec les moteurs. Il m'a proposé son aide et a envisagé de venir à ma rencontre car il faisait nuit et la mer était un peu agitée .  Mais comme j'ai constaté que je pouvais contrôler le bateau à l'aide des moteurs j'ai refusé l'aide et nous avons poursuivi notre route jusqu'à "Pushthrough" dans la baie d'Espoir. 
Le lendemain j'ai pris un filin de casier à homard dans l'hélice alors que nous montions dans le nord de la baie . Charles, l'ex-propriétaire a dû plonger pour me débarrasser de ce filin. Tous ces avatars ne faisaient que contribuer à mon apprentissage, mais quand même, cela faisait beaucoup en deux jours . Heureusement le reste de la tournée qui dura cinq jours nous a comblés de bonheur. J'ai pratiqué l'utilisation des instruments de navigation, en particulier le "loran C".  Dans le fond des baies, nous  mettions le bateau à l'ancre  pour aller pêcher la truite ou le saumon et nous y passions également la nuit. Le souper nous le faisions ensemble  sur le bateau de Charles. Dans ces lieux magiques, les rivières et les cascades remplissaient l'atmosphère d'un grondement qui venait de l'eau qui coulait en permanence . Le matin, le réveil était agréable surtout à l'écoute des mélodieux sifflets des merles. Les journées n'étaient pas pour autant, toujours ensoleillées parce que le brouillard en juillet c'est plutôt fréquent dans notre région. Nous sommes en tout cas revenus à Saint-Pierre, heureux d'avoir pu faire cette première tournée dans les baies. Nous avions notre quota de truites mais malheureusement aucun saumon.
J'étais fier d'avoir commandé mon nouveau bateau en pratiquant avec une carte marine et les instruments nautiques comme le radar et le loran. J'appréciais d'être passé à une étape supérieure dela navigation de plaisance.
Cette même année, au mois d'août, nous sommes repartis les deux mêmes bateaux et cette fois comme équipages Anne-Marie, notre fille Sylvie et son mari Jean-Christophe. Cette balade avait un côté test, en particulier pour Anne-Marie qui expérimentait pour la première fois le confort du Wickie. Ces 6 jours dévasion ont été très appréciés grâce au beau temps qui avait été au rendez-vous.
En 1991 et en 1992 nous avons renouvelé ces expériences en toute autonomie et sur des trajets et des périodes plus longs. Voyages effectués depuis Saint-Pierre jusqu'à Marystown dans la baie de plaisance avec retour vers la baie d'espoir en passant par Saint-Lawrence puis Fortune port situé dans la baie de Fortune. Nous avons navigué avec confiance malgré les grandes périodes de brouillard.
Anne-Marie s'était bien accommodée aux conditions de navigation. Elle s'impliquait entièrement en participant aux manoeuvres et à la conduite occasionnelle etc. Elle était donc prête à partager ma passion de la mer. 
Conforté par ce constat, j'avais une bonne raison pour rêver. TItulaire des permis "A" et "B" de navigation de plaisance depuis le 31 décembre 1986 , j'étais autorisé à commander un bateau de 20 tonneaux pour une navigation jusqu'à 200 milles des côtes. 
Par besoin d'évasion mon cerveau s'était mis en effervescence et sans avoir vraiment calculé les distances pour les plus longs trajets, je me suis souvenu de l'expérience vécue par un couple qui, en voilier, avait fait le parcours Antilles -Golfe du Mexique -Saint-Pierre et Miquelon. J'avais été très attentif à la partie Louisiane-Saint-Pierre et Miquelon qui m'avait beaucoup intéressé. De là, et peut-être inconsciemment, avait pris naissance ce rêve. 
A la fin 1991, j'ai examiné le parcours sur la carte "Monde" affichée dans mon bureau. J'ai imaginé le parcours Saint-Pierre,
T
erre Neuve (Port aux Basque), les Iles de la Madeleine, le Fleuve Saint-Laurent, les grands Lacs, le Mississipi jusqu'à la Louisiane. Cela faisait un long trajet mais cela ne m'effrayais pas. J'en ai parlé avec un collègue qui est toujours resté attentif à mon rêve chaque fois que je l'évoquais . Quand j'abordais le sujet il embarquait et  semblait plutôt m'encourager.
Par contre Anne-Marie trouvait le projet utopique surtout lorsque je lui montrais l'itinéraire sur l'atlas à la maison. Sans être vraiment désintéressée, je sentais qu'elle souhaitait que j'oublie cette folie. Mais malheureusement, doucement je continuais à cogiter sur ce fameux rêve.

 

« Qui n'a pas d'imagination n'a pas d'ailes. » (Cassius Marcellus Clay dit Muhammad Ali)

 

 

Un an plus tard, alors que je vivais une période difficile , je suis revenu sur le projet parce que soumis à un climat d'incompréhension dans mon entourage professionnel mélé à mon investissement dans le milieu associatif, les tracas se faisaient  sentir de manière plus aigus. Même si il est probable, que  l'on est jamais indemne de toute responsabilité sur ce qui nous arrive, l'atmosphère était devenue insupportable.   Le stress que je ressentais, me déstabilisait et Anne-Marie le ressentait bien trop. C'est la raison pour laquelle elle m'a avoué qu'elle serait prête à faire le voyage mais qu'une chose la feinait encore : l'encours de  l'emprunt bancaire pour l'achat du bateau . Sa réflexion m'a tout de  même fait plaisir parce qu'elle démontrait une évolution.
Je n'étais donc plus seul à "tirer des plans sur la comète" et nous devions envisager le financement.. Dans les choix à faire nous songions à vendre notre maison de campagne.
En janvier 1993 nous nous sommes remis à analyser la situation et cette fois  avec un intérêt encore plus concret. Anne Marie qui suivait de près ce que j'entreprenais, ressentait la même pression que moi. Elle voyait que ma santé se détériorait surtout au plan psychologique et qu'il fallait donc faire quelques chose.
Le 3 mars 1993, au cours du dîner et alors que nous réalisions que cette année serait celle de nos 25 ans de mariage (Eh oui ! c'était réellement une coïncidence), Anne-Marie m'a déclaré : "Claude, je sais quel pourrait être le plus beau cadeau  pour l'occasion et nous allons nous l'offrir. J'ai bien réfléchi et je suis prête à t'accompagner dans la grande aventure de ton rêve jusqu'à Saint-Petersburgh en Floride". Je n'en revenais pas. J'étais si heureux que je lui ai sauté au cou en lui disant qu'elle m'offrait là et encore, une fois, une belle preuve d'amour.
C'était le grand bonheur mais comment financer ? Nos filles ayant toutes deux un travail cela nous permettait de réfléchir avec une plus grande liberté sur le sujet. Nous nous sommes mis à en discuter en tenant compte d'une année sans salaire. Pour Anne-Marie ce serait une demande à l'employeur d'une année sabbatique et de mon côté ce serait une mise en disponibilité. Les sources de financement pourraient être alors : la vente de la villa et la location de notre maison principale. 
Au moment de cette réflexion la situation familiale était la suivante :Sylvie était mariée depuis le 22 septembre 1990 avec Jean Christophe. Ils avaient un petit garçon, Maxime, notre premier petit-fils qui était entré dans notre univers terrestre le 8 juillet 1992. Maxime représente la 5ème génération de ma famille côté maternel.
                          
 
Quant à Nathalie elle vivait à Miquelon avec son fiancé Olivier. Ils étaient tous bien installés mais nous voulions absolument informé nos filles des décisions prises pour entreprendre cette aventure.
Nous sommes donc allés chez  Sylvie, notre aînée qui habite plus près de nous. Cela nous a pris un certain temps avant d'amorcer la conversation sur le sujet. A l'annonce de la nouvelle Sylvie est restée stoïque, comme s'il s'agissait d'un malheur. Jean-Christophe, de son côté, semblait prendre un peu plus de recul, pensant qu'il ne pouvait s'agir que d'une plaisanterie. Mais nos explications confirmaient la véracité de l'annonce et Sylvie, encore un peu bouleversée, ne semblait pas adhérer. Elle s'inquiétait de l'ennui de Maxime mais celui-ci n'ayant que 8 mois nous savions qu'elle parlait surtout pour elle. Sa préoccupation ressemblait à un sentiment d'abandon. Nous l'avons rassurée en insistant sur les moyens de communication actuels qui nous permettraient de rester en contact quotidiennement, si nécessaire. Quant au financement elle n'a fait aucun commentaire désagréable considérant que c'était à nous seuls de décider.

Nous avons ensuite téléphoné à Nathalie à Miquelon. En cours de conversation et alors que sa mère lui disait que nous désirions lui parler de notre projet, elle l'interrompit pour lui dire qu'Olivier, son fiancé, avait aussi quelque chose à nous dire. Nous avons laissé la primeur à Olivier qui nous a appris qu'il voulait marier notre fille et que la date du mariage pourrait être fixée au 27 juillet date anniversaire de notre mariage. Quelle surprise ! Elle surpassait la nôtre pour le moment et le choix de la date du mariage nous a beaucoup émus d'autant que notre projet s'était en partie bâti sur nos noces d'argent. Fiers de leur décision nous avons occulté notre projet sur le moment en leur annonçant que nous irions à Miquelon pour en parler. Le samedi suivant, c'est à dire trois jours après, nous étions à Miquelon. Sceptiques, Nathalie et Olivier nous ont beaucoup interrogés. On sentait chez eux aussi, une certaine inquiétude mais nous les avons rassurés sur le sérieux de l'organisation. Et nous leur avons fait savoir que nous ferions tout pour la réussite de leur mariage. Nathalie a réagi comme Sylvie sur notre décision de financement de notre projet. La famille et les enfants étaient donc informés. Nous avions 4 mois pour les deux préparations : celle du mariage et celle du voyage. La première action a été d'envisager de préparer la maison pour la location. Comme je disposais d'un petit local construit dans mon grenier nous y avons logé nos affaires personnelles. Au mois d'avril j'ai effectué des réparations sur la maison de campagne ainsi que la peinture extérieure. Lors du déménagement, je profitais de regarder, de temps en temps, les sujets traités dans les "Reader Digest" de ma bibliothèque. Une surprise m'attendait dans le n° 389 de juillet 1979. Il s'agissait d'un article écrit par Jennifer Bolch qui traitait de l'expédition organisée par M. Reid Lewis, professeur de français à Montréal pour faire revivre à quelques uns de ses éléves des cours secondaires, l'exploit de René Robert Cavelier de Lasalle. Un itinéraire qui m'en apprenait beaucoup au départ de Montréal puisque c'est celui que j'avais choisi. Ainsi j'ai découvert que je pouvais éviter le lac Erié à partir du lac Ontario car il était possible de rejoindre la baie géorgienne par le canal "La Severn" et ensuite poursuivre sur le lac Huron et le Lac Michigan pour atteindre Chicago. De là on pouvait repartir pour une navigation fluviale : la Saint-Joseph, Kankakee, Illinois et le Mississipi. Ci-dessous des photos de cette expédition décrite, dont la carte de l'itinéraire.

 

Anne-Marie, dans le cadre des démarches, s'était informée sur notre assurance sociale puisque la caisse locale avait prévu nous radier de leurs listes des assurés à l'issue de nos congés réguliers. Avec les adresses de deux compagnies d'assurances "spécial voyage" en main, l'une canadienne, l'autre française, nous avions deux choix. Les prestations paraissaient identiques mais pour des raisons juridiques en raison de notre nationalité, nous avons préféré opter pour la compagnie française.

Pour la navigation, j'ai passé une commande de cartes et d'instructions nautiques concernant le trajet Saint-Pierre-Les Grands Lacs. Du côté santé physique, je me suis préparé pour courir les 25km de Miquelon ce qui me permettait de me mettre en forme pour le mariage et le voyage. Cependant au cours d'un examen médical, le médecin a cru déceler une anomalie cardiaque. Pour plus de sécurité il m'a envoyé à St-John's de Terre Neuve faire un contrôle plus approfondi. Celui-ci n'a révélé aucun problème grave. La famille avait été suffisamment inquiétée pour me demander de m'abstenir de participer à la course.
Le 16 juin, un acquéreur s'est manifesté pour l'achat de la villa et un locataire pour la location de la maison. Tout se présentait donc bien et nous étions en grande partie libérés sur le plan financier. Le budget prévisionnel avait été établi et les documents nautiques étaient arrivés. La place revenait maintenant à la préparation du mariage de Nathalie et Olivier dont la date avait été avancée au 3 juillet au lieu du 27 en raison de l'indisponibilité du curé. Dans le même élan nous avions à préparer une réception pour le 17 juillet en vue de fêter nos noces d'argent avant de quitter St-Pierre.

 Le ciel était  bleu, sans l'ombre d'un nuage ; l'atmosphère dégageait une air pur; c'était le 3 juillet, quelle chance ! Un soleil radieux nous arrosait de ses chauds rayons. Tout était splendide autour de nos mariés, souriants, beaux et heureux. Les cérémonies, tant à la mairie qu'à la chapelle ont été sobres mais très agréables.Tout le monde était heureux, souriant. Nous avons partagé avec les parents d'Olivier, la fierté de conduire nos jeunes mariés aux cérémonies. Les photos ont été prises dans un cadre très naturel à la « La sapinière » villa de maman et du beau-père située à l'anse à Pierre.
La salle des fêtes municipale  que nous avions décorée la veille avait été louée pour la soirée dansante. Les enfants ont pu  profiter en participant à l'ambiance grâce à l'aménagement, sur l'idée d'Anne-Marie, d' un espace pour eux seuls. Ils étaient sous la surveillance de deux jeunes filles. Nous avons été comblés par la réussite du mariage de nos enfants.
                                              
Le 16 juillet,  l'acquéreur de notre villa est venu nous annoncer qu'il avait obtenu un prêt bancaire. Il s'agissait d'une bonne nouvelle.Et puis le 17 juillet c'était encore un jour de fête : nous fêtions nos 25 ans de mariage (avec 10 jours d'avance, certes) mais c'était surtout l'unique occasion de réunir la famille et les amis avant notre départ programmé pour le 21 juillet. Tout s'est déroulé à l'anse à Pierre chez maman et Dédé (le beau-père) dans une ambiance très conviviale. Ils ont pris les frais à leur charge en guise de cadeau d'anniversaire. Le lendemain nous devions encore penser aux préparatifs de départ.
Le 20 juillet à 8 heures nous avons assisté à la messe de 6h30 célébrée à la chapelle par Monseigneur François Maurer. Au cours de cette célébration, Monseigneur a profité de nous donner la bénédiction de Dieu pour que notre voyage se fasse sous sa protection. Nous l'en avons remercié.  Comme le bateau était quasiment prêt nous avons aménagé ce soir là pour y passer notre première nuit à bord.
Le 21 juillet, jour « J »; au réveil nous avons découvert une mer belle mais un temps plutôt mitigé (couvert et brumeux). Le ciel s'était partiellement dégagé mais le brouillard bien installé, se tenait aux alentours des îles. La matinée a été un peu éprouvante en raison de notre empressement à terminer les préparatifs de dernière minute. Nous agissions comme si nous étions pressés. Je crois que notre hâte relevait plus spécialement de l'angoisse du départ.  Nous l'avions fixé à 13 heures. A midi nous avons mangé chez Sylvie, Jean-Christophe et Maxime. L'ambiance était spéciale. J'observais de l'inquiétude chez Sylvie, des interrogations et de l'appréhension chez Anne-Marie. Moi-même je ressentais également un sentiment étrange.  
A 12h40 nous étions à bord du bateau et déjà la famille ainsi que beaucoup d'amis s'étaient réunis sur l'appontement. Certains pleuraient discrètement, d'autres prenaient un air grave, interrogateur… On sentait, l'amour, le chagrin et même un certain souci. Une dernière étreinte de la part de la famille et des amis et nous avons quitté le quai. Pendant ce temps tout le monde s'est précipité en voiture sur le quai de l'ancien frigorifique pour nous saluer une nouvelle fois à notre passage dans la rade. Nous avons longé le quai pour être plus près  d'eux et ensuite nous avons mis le cap sur Miquelon.

 

 

 

 

 

                                                                                                      

 

 

Anne-Marie versait des larmes, comme beaucoup d'autres sur le quai. Moi-même j'avais le cœur gros mais je devais rester attentif à la conduite du bateau. Les bras s'agitaient jusqu'à ce que nous arrivions au Petit St-Pierre, là où  nous avons changé de cap. Le « cap à l'aigle » a masqué le quai qui était devenu une foule d'émotions. Le vent de sud-ouest soufflait à 20 nœuds et la mer était peu agitée. Tout en faisant route et ce, pendant environ une bonne demi-heure, nous nous observions. Parmi les oiseaux qui nous accompagnaient : le goéland argenté, le plus commun des oiseaux de notre port et les macareux moines qui, près du Grand Colombier, leur sanctuaire de nidification, nous ont fait des démonstrations de vitesse au vol. Ils ont les ailes courtes mais ils sont vifs .
       
  
   Le Goéland argenté et le Macareux moine qui est aussi l'oiseau emblématique de Terre Neuve appelé "The atlantic Puffin" (
peintures acryliques de l'auteur)



Dans nos regards se mélangeaient la tristesse et le bonheur.  Anne-Marie me vouait une confiance aveugle dans la réalisation du rêve qui débutait.
Arriverons-nous à le réaliser ? Dans l'immédiat, le fait de nous diriger vers Miquelon nous mettait dans une situation de traversée ordinaire mais le « WICKIE » et son équipage voguaient déjà pour une GRANDE AVENTURE : ST-PIERRE - FLORIDE (U.S.A)- ST-PIERRE.


 

                                         

   
Le Cap du nid à l'aigle de Miquelon


 

" Aimer, ce n'est pas se regarder l'un et l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction" (Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes)



Arrivés à Miquelon à 15 heures, c'est-à-dire deux heures après avoir quitté Saint-Pierre,  nous y avons passé deux jours chez Nathalie et Olivier. Durant ce séjour, nous avons profité de poursuivre le rangement à bord du bateau. Anne-Marie agençait l'espace avec un sens de l'organisation qui m'épatait. Le 22 au soir nous avons mangé chez les parents d'Olivier. Au cours de ce repas nous avons discuté du voyage et de l'itinéraire. Nous sentions un certain tourment qui se dégageait de leurs regards. Je suis sûr qu'ils nous trouvaient un peu “fous”  comme beaucoup d'autres gens de la localité.
Le 23, après une journée passée à bord du “Wickie” toujours pour les rangements, nous sommes allés manger au restaurant du motel de Miquelon avec Nathalie et Olivier. Cette soirée était la dernière  à passer à Miquelon avant le grand départ. Le lendemain nous nous sommes levés à 7 heures. Le temps était pluvieux et le vent si faible qu'un  brouillard dense avait envahi le village et les alentours. Nous avons pris notre petit déjeuner et contrairement à l'ordinaire nous avons prolongé ce moment en discutant de tout et de rien, comme si cela nous donnait un long sursis. Dès 8h30 nous nous sommes rendus au bateau. Le contrôle des machines avait été fait la veille (niveau d'huile, vérification des filtres à fuel et du niveau d'eau des batteries).

 

                -Miquelon – Port-aux-Basques-

 

A 9H30 nous étions donc prêts et nous avons quitté le quai de Miquelon en donnant un grand coup de sifflet.  Nous avons fait cap au 050° pour aller chercher la bouée de la “Chatte”. J'ai accéléré les moteurs à 2500 tours/minute pour une vitesse de 11 nœuds. A 9H45 nous étions à 1/4 de mile du Cap de Miquelon (Cap du Nid à l'Aigle) et nous avons fait route au 345° en direction de RAMEA ISLAND ET BURGEO. Nous avons décidé des quarts : une heure de barre pour chacun à tour de rôle. Je continuais, par contre, à assurer la veille permanente au radar. Nous n'avions pas d'horizon mais la mer était calme et la longue houle nous berçait tranquillement. Je portais notre position sur la carte chaque demi-heure. Cela m'a permis de relever des défaillances du Loran C nous amenant assez fréquemment à modifier notre cap. Il n'était donc plus fiable et ce, en raison d'une antenne terrestre qui s'était abîmée quelques jours auparavant. J'ai poursuivi la navigation  à l'estime. Nous étions à environ 22 miles de RAMEA ISLANDS, une distance hors de portée de mon radar qui porte à 12 miles.  Après 1h1/2  de marche j'ai commencé  à distinguer une partie de la terre. Le brouillard était toujours aussi dense. A 16 heures20 nous avions passé le rocher “Gull Rock” située  à 0,2 miles de l'entrée de RAMEA Islands et j'ai mis le cap au 010° pour aller chercher la bouée  d'entrée de BURGEO .Il nous a fallu approcher à moins d'1/4 de mile de celle-ci pour l'apercevoir. Nous entendions la sirène du phare  située sur l'île Boar à l'entrée du port. Nous l'avons franchie et elle est si étroite que nous avions l'impression,  en empruntant le chenal dans cet épais brouillard, de nous diriger sur les nombreux rochers. Nous étions dans le chenal  alors j'ai réduis  la vitesse. Nous faisions 2 à 3 nœuds et Anne-Marie assurait une veille sur l'avant. Nous approchions si près des rochers qu'elle s'inquiétait. Un moment donné elle s'est mise à paniquer et m'a crié : “Claude ce n'est pas l'entrée, nous allons sur les cailloux, arrête, arrête!!!”. J'ai vérifié à nouveau le cap et l'écho radar mais tout concordait bien, heureusement. Cependant sa réaction m'amena à stopper car je voulais la mettre en confiance. Il est vrai que l'ambiance était impressionnante entre la corne de brume du phare et l'illusion d'optique que créait le brouillard à l'approche des rochers. Je l'ai faite venir à la timonerie pour lui montrer sur le radar notre position par rapport au balisage. Suite à cette vérification Anne-Marie est retournée à l'avant du bateau et comme elle semblait plus rassurée j'ai remis en route à petite vitesse. Son inquiétude était encore là mais je remarquais qu'elle me faisait confiance;  tout à coup, à travers la brume qui devenait un peu plus transparente, nous aperçûmes le village et une partie du quai public. Voilà maintenant Anne-Marie définitivement rassurée. J'ai pu ainsi faire l'approche à vue. 17H30 nous étions au quai public de BURGEO. Nous avons pris une bonne collation. Cela nous a bien détendu. Nous sommes ensuite débarqués pour faire une petite balade et surtout pour téléphoner à Sylvie (notre fille) à St-Pierre. Le temps s'était dégagé dans la soirée mais il pleuvait averse. Nous avons passé la nuit en compagnie du ferry qui assurait les rotations Burgeo et les petites communautés avoisinantes comme Ramea et Grey River.


Extrait des instructions nautiques

Nous sommes sur la côte Sud-Ouest de Terre Neuve. Le long de cette côte on y touve de jolis petits fjords agréables à visiter. Terre Neuve avec le Labrador (territoire avoisinant situé sur le continent à la frontière de la province de Québec) constitue la dixième province du Canada depuis le 31 mars 1949.  D'une superficie totale de 404517 km2 elle comprend 34 032 km2 d'eau douce. La superficie de l'île de Terre Neuve est de 112 299 km2. Actuellement la population de la province s'éleve à environ 570 000 habitants. La première découverte historique de  Terre Neuve date de 1497, alors que Jean Cabot, sur son navire le Matthew, aperçut la terre probablement dans les parages du cap Bonavista et l'on croit qu'il débarqua sur l'île un peu plus tard.Cependant, avant cette époque, les eaux au large de Terre Neuve étaient bien connues et fréquentées régulièrement par les pêcheurs portugais, espagnols et français, et on pense qu'eux aussi soient débarqués sur l'île. Ceux-ci furent suivis par les Anglais qui, en 1583, ont établi un village prospère sur la côte Est, à St.John's Harbour, où, à la même époque, Sir Humphrey Gilbert prit possession de Terre Neuve au nom de la reine Elisabeth .En 1623, Lord Baltimore fonda un village à ferryland, 48,2 km au Sud de St.John's qui, pendant un certain temps, fut la capitale de la plus vieille colonie anglaise. Par la suite, les Anglais occupèrent graduellement la côte Est et les Français la côte Sud, avec Placentia comme capitale. Cependant, après 1673, l'Angleterre n'encourageait plus la colonisation de Terre Neuve et, en raison de ses politiques économique et militaire, préférait y exploiter les richesses de la pêche à la morue, à partir des ports situés le long de sa côte SW. Toutefois à cause de leur pratique de salaison très légère et de stockage de leur prise sur la côte, les Anglais se devaient de laisser quelques hommes à Terre Neuve durant l'hiver afin d'y protéger leurs biens; ceci fut l'une des nombreuses causes qui occasionnèrent les conflits avec les Français au sujet de la possession de Terre Neuve. La possession de l'île par la Grande Bretagne fut ratifiée par le traité d'Utrecht en 1713, confirmé par le traité de Paris en 1763. En vertu de ce dernier, la France gardait possession des îles Saint-Pierre et Miquelon, avec des droits exclusifs de pêche au large des côtes Ouest et NE de Terre Neuve et dans le détroit de Belle Isle. La Convention anglo-française de 1904 abolit ces droits, mais les îles sont demeurées françaises jusqu'à ce jour*
Origines des habitants : Beothucks, race indienne qui serait d'origine asiatique, probablement de Malais, qui gagnèrent l'Amérique du Nord par le détroit de Béring. Ils peignaient leur corps et leurs objets personnels à l'ocre rouge, ce qui valut le surnom de “Peaux rouges”. Accompagné de la famine à la suite du déclin du caribou et de l'exposition aux maladies des blancs, ceci  conduisit à l'extinction des Beothucks en tant que race en 1829.Aujourd'hui, l'ensemble de la population de l'île de Terre Neuve est homogène, avec plus de 90% de ses ancêtres venant d'Angleterre, d'Irlande et des îles Normandes. Cependant, elle comprend quelques groupes minoritaires d'origine écossaise et, surtout sur la côte Ouest de l'île, acadienne française et de métis Français-Micmacs.



Nous étions le 25 juillet et à 8H45, nous avons laissé BURGEO pour nous rendre à PORT-AUX-BASQUES. Le temps était clair, le ciel nuageux avec quelques passages ensoleillés; après avoir quitté la bouée QG2 et à 6 miles de celle-ci nous avons mis le cap au 300°. Nous avons longé la côte et nous avons aperçu des petits ports de pêche comme Grand Bruit Harbour, Rose Blanche etc. Au travers de Rose Blanche, j'ai raconté à Anne-Marie que c'était ici que j'étais déjà venu avec “le PINTA”(cargo de la marine marchande  propriété de la Compagnie locale la COMAT) en 1967 pour prendre  du poisson congelé à livrer en Europe. 

  Il faisait beau, un peu frais (11°) mais la mer était belle et la visibilité bonne. Nous étions détendus, heureux. De temps en temps je passais la barre à Anne-Marie. Nous naviguions le toit  ouvert, la tête hors de la timonerie; cela  nous permettait de mieux observer la côte. 15H30, nous étions vis à vis de l'Ile-aux-Morts c'est-à-dire dans la zone de trafic de Port-aux-Basques. Cela m'a obligé à prendre un contact radio avec la station de la garde côtière de Port-aux-Basques. Je suis rentré en communication avec l'opérateur qui m'a avisé qu'un cargo manœuvrait pour sortir du port et que je devais naviguer avec prudence à l'approche de l'entrée. 15H50, le cargo franchissait la sortie. L'opérateur m'a alors rappelé pour m'informer que le trafic était clair et que je pouvais rentrer en toute sécurité. La zone était bien contrôlée comme nous avions pu le constater. 16H05, nous avons accosté à un petit quai, le seul libre, mais le moins commode. Une fois le bateau amarré, nous nous sommes informés au sujet du service des douanes. Nous avons appris qu'il n'en existait pas dans ce port et que nous devions appeler le poste de police qui pourrait envoyer un agent effectuer ce contrôle obligatoire. Nous l'avons fait et à 18 heures un policier est venu. Les formalités ont été vite réglées de  manière pragmatique et efficace. 18H30, nous avons appelé Sylvie à St-Pierre et Nathalie à Miquelon. Au moment du souper, vers 19H30, le ferry “Joseph and Clara SMALLWOOD” est arrivé. Nous avons été surpris par l'importance du navire  ainsi que par l'aisance des manœuvres effectuées  dans ce port étroit au milieu duquel se trouve un petit îlot. Il fallait longer celui-ci avant la manœuvre d'accostage; après s'être orienté comme il le fallait, il est rentré en marche arrière dans un couloir spécialement aménagé et donnant accès à un plan incliné pour le débarquement des voitures. Je suis resté béat devant la précision de ces manœuvres. Elles étaient si bien faites qu'elles paraissaient très faciles. Nous avons supposé que l'automatisation y était aussi pour quelque chose .

 


Le “Wickie” remuait beaucoup à quai à cause du courant et des remous des bateaux qui circulaient dans le port. A 7H30 le lendemain matin, j'ai préparé le petit déjeuner. La nuit avait été bonne malgré la danse permanente du Wickie”. Après avoir pris le petit déjeuner et fait notre toilette matinale nous avons quitté Port-aux-Basques pour l'Ile-aux-Morts (port de réparation navale de petites unités). Nous devions effectuer la réparation d'un des deux  gouvernails, cassé. A 10h30 nous étions au quai de l'Ile-aux-morts. Après différentes tractations avec le responsable de l'atelier de réparations (le personnel  effectuait des travaux sur long liners et l'aire de stationnement des bateaux était bien engagée), j'ai obtenu l'accord pour que notre réparation se fasse le lendemain à 10H. Amarrés à un quai bien abrité et de construction récente nous avons décidé d'y passer la nuit plutôt que de retourner à Port-aux-Basques. Nous nous sommes baladés dans le petit village et nous avons acheté quelques cartes postales. Comme prévu, le lendemain à 10H, le bateau était sur l'aire de stationnement de réparation navale, suspendu à un “travelift”.

J'ai entrepris le travail et j'ai enlevé la mèche sur laquelle était fixé le gouvernail. Pendant que le soudeur fixait la pièce en inox  nous avons profité de nettoyer la coque. J'ai, par la même occasion, changé les anodes des arbres de couche. 4 heures1/2 plus tard, les travaux étaient terminés et l'opérateur du travelift a remis le bateau à l'eau. Nous sommes tout de suite repartis  pour Port-aux-Basques.
Arrivés à 15H nous avons pris de l'eau potable et nous avons passé une commande de fuel. Nous étions le 27 juillet, jour de notre anniversaire de mariage. Nous avons fait quelques achats dans une petite épicerie du port pour mettre sur la table un petit “extra” parce que le menu du souper était lui, déjà prévu par Anne-Marie depuis St-Pierre (tournedos à la sauce madère accompagné de petites pommes de terre sautées - le tout accompagné de champagne. Hummm). Avant de souper nous avons appelé St-Pierre et Miquelon (aujourd'hui fête de Nathalie également) pour donner des nouvelles. Ensuite et la température le permettant, nous avons savouré notre repas en amoureux sur le pont arrière du “Wickie”.
Le fait d'être à l'extérieur, m'a permis de  fumer le cigare avec bonheur tout en dégustant un bon café. A 22 heures 30  j'ai écouté les prévisions météorologiques et comme elles étaient mauvaises, nous avons décidé de rester une journée supplémentaire au port.
Le loran n'étant plus opérationnel, j'ai profité de passer commande, dès le lendemain matin, d'un GPS  au commerce d'accastillage du port.  A midi, nous sommes allés dans un petit restaurant  appelé “Harbour  restaurant” d'où nous avions une vue  panoramique sur tout le port et la gare maritime. C'était agréable. Nous avons passé trois jours supplémentaires à Port-aux-Basques en raison de la mauvaise météo. Entre temps nous avions reçu le GPS.
Durant ce séjour nous avons fait la rencontre d'un jeune québécois. Il  se trouvait là parce qu'il attendait un bateau (vedette ferry) que ses amis étaient chargés de convoyer de Clarenville (côte Est de Terre Neuve) à Matane -province de Québec. Cette vedette, nous a-t-il dit, avait été achetée par une compagnie de plongeurs amateurs de Matane en vue d'organiser des excursions de plongée sous-marine. Eric J.(c'est le prénom de ce jeune homme de  20 ans) était parti  quatre jours auparavant de Québec avec ses amis pour se rendre au lieu de livraison de la vedette à Clarenville. Après avoir déposé ses amis il était revenu  pour les attendre ici. Nous avons sympathisé et  nous nous côtoyions quotidiennement. Il m'a aidé à installer mon GPS. En cours de conversation il nous a décrit la vedette achetée et nous a parlé de l'équipage qui la convoyait qui comprenait un capitaine porteur terre neuvien, un chef mécanicien Elver (“le Viking” comme l'appelle  Eric) et son fils Eric âgé de 20 ans. Eric J. nous a fait une description physique fort intéressante de son ami Elver qui justifiait son nom de “Viking”.
Le samedi 31 juillet à 7H15, alors que je préparais le petit déjeuner, j'apercevais, par le hublot de la cuisine, la fameuse vedette attendue. Elle apparaissait dans la brume pour s'accoster au quai. Quel fût mon étonnement lorsque j'ai pu la distinguer comme il  fallait ! Il me semblait que je connaissais cette vedette. J'ai alors appelé Anne-Marie pour qu'elle constate, comme moi, cette coïncidence qui se présentait à nos yeux. La vedette qui s'appelait “ Kimberley Christine” n'était autre que le ferry qui avait assuré dans l'archipel la liaison inter-îles  entre St-Pierre, Miquelon et Terre Neuve. Aussitôt  le petit déjeuner terminé nous sommes allés faire connaissance avec l'équipage comme nous l'avait demandé Eric. Nous avons découvert Elver, ce grand gaillard danois d'une cinquantaine d'années, blond avec un visage buriné, des yeux bleu un peu ombrés par des sourcils épais qui s'affinaientt en pointes flottantes légèrement remontées vers le front. La description physique faite par Eric correspondait tout à fait : c'était bien un "Vicking". Après la présentation des deux autres membres de l'équipage, nous avons expliqué à Elver que le “Kimberley Christine”, qui s'appelait le “St-Eugène IV”, lorsqu'il opérait chez nous, appartenait à un armateur de St-Pierre et Miquelon qui l'avait exploité pendant près de 10 ans. Comme par hasard un écusson d'une des équipes locales de football (l'ASSP) se trouvait toujours sur la vitre arrière de la timonerie. Il n'avait pas bougé. Celui-ci avait probablement été collé par le mécanicien du bateau qui était président du Club.

 

                                    Le Kimberley Christine sur fond de brume

                                   

  Elver nous a expliqué que la vedette avait le moteur de bâbord  hors d'usage et qu'il avait dû se servir des pièces de ce moteur pour réparer et faire fonctionner celui de tribord. Il naviguait donc sur un seul moteur et cela leur avait posé quelques problèmes. De plus le brouillard et le vent avaient rendu la traversée  difficile. Ils avaient  du faire une escale à St-Lawrence (côte sud de Terre Neuve) une nuit; ensuite ils étaient passés au large de notre Archipel pour venir jusqu'ici. Elver nous était reconnaissant d'avoir occupé Eric durant l'attente, prolongé et forcé, qu'il avait subie. Pour cela il nous a donné rendez-vous à bord  le soir en vue d'aller manger au restaurant. A 10H30 nous avons quitté nos amis québécois et nous sommes allés appeler Sylvie pour donner de nos nouvelles. Le soir, après le repas, nous nous sommes tous retrouvés à bord du “Wickie”. Nous avons évoqué le départ de Port-aux-Basques pour le lendemain matin afin de faire une partie de la route ensemble.


 

 

 

  


A SUIVRE :
Port-aux Basques-Iles de la Madeleine (Québec)-Caraquet (Nouveau Brunswick)

 

  

Par Claude-Anne-68 - Publié dans : VOYAGES
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus